NEWSLETTER N° 4 - DICK RUFFIN ET LA VIOLENCE RACIALE DANS LES VILLES.
newsletter N°4
Chers amis,
Dans la chaleur de Bangkok et avec cette 5ème newsletter, nous vous envoyons nos meilleurs voeux pour de belles fêtes de Noël et une très belle et heureuse année 2005.
Que cette nouvelle année vous apporte beaucoup de joie et de bonheur. Nous essaierons par nos lettres de continuer de vous faire partager les histoires de ces pionniers du bout du monde qui nous témoignent que rien n'est impossible ou perdu face aux enjeux de notre époque. Que leurs histoires nous donnent cette joie et espérance dans un monde où chacun puisse trouver son chemin de bonheur.
Dick Ruffin et la violence raciale dans les villes.
Cote Est des États-Unis
Choisir les États-Unis après le "bras de fer" Bush-Chirac et l'incroyable matraquage médiatique qui l'a suivi s'inscrit pour nous comme une étape au delà de nos a priori. Nous sommes surpris de constater, en arrivant sur ce continent, les préjuges accumules par les enfants, (pour la plupart) en dehors des discussions familiales !
Ces 2 mois nous donneront la chance de sillonner ce surprenant pays du Nord au Sud sur la côte Est puis sur la côte Ouest. Nous quitterons ce géant le c½ur remplis de nos rencontres et émerveilles par l'étonnante beauté et diversité de ses paysages. L'unique agression "francophobe" dont nous pourrons faire mémoire sera celle d'une vendeuse de fleurs nous demandant:"Est-ce vrai que les français n'aiment pas les américains ?". Réponse délicate à trouver pour être vraie et ouverte "Les médias nous imposent souvent une pensée unique parcellaire et tronquée. La seule vraie manière de connaître l'autre c'est de le rencontrer. Cela fait tomber les a priori et favorise souvent les relations amicales !". Sans... m'envoyer de fleurs, la fleuriste m'a remercie pour cette discussion.
Dick Ruffin, l'enfant prodigue chez les esclavagistes.
Dick et sa femme Randy incarnent pour nous l'expression "Best of". Ils semblent par leur allure et leurs exceptionnelles qualités d'esprit et de c½ur avoir puisé dans leurs racines américaines et européennes le "meilleur des mondes".
Si nous avons sélectionné ce témoignage, comme chemin pour le 21 ème siècle, c'est autant pour le réel potentiel que représente "Hope in the city" pour résoudre le problème de la violence et du racisme dans les banlieues que pour la remarquable aventure humaine qui aura permis a Dick d'en être l'initiateur.
La poudrière sociale américaine.
Si en Europe les récents courants migratoires et les erreurs de politique d'intégration ont favorise la peur, l'incompréhension et les créations de ghettos d'exclusion et de racisme, les États-Unis connaissent des problèmes bien plus anciens et graves malgré le mythe du melting pot. La population indienne décimée à 95% est aujourd'hui majoritairement concentrée dans des réserves désertiques. Lorsque nous avons traversé ces régions, nous avons été frappés par ces habitats préfabriqués de misère épars le long des routes et illustrant violemment leurs perte de racine et de dignité.
La population hispanique croissante sous la pression de l'Amérique du sud envieuse de leur puissant voisin crée un flux migratoire constant et mal maîtrisé tant par le nombre des migrants que dans les capacités d'intégration.
Mais à Richmond - le port de Richmond a accueilli la grande majorité des bateaux importateurs d'esclaves aux U.S.A. - se trouve la principale racine de la source migratoire que l'on peut considérer comme la plus douloureuse de l'histoire occidentale: les "américains d'Afrique". Autrement dit les descendants des 2 millions d'esclaves qui ont provoqués l'unique guerre intérieure aux États-Unis: la guerre de sécession. Même si elle a plus servi de prétexte aux politiciens nordistes dont la plupart n'avait que peu de préoccupation du sort des esclaves (l'opposition aux sudistes était le motif majeur de leurs motivation), elle a permis de stopper cette monstrueuse exploitation de l'homme par l'homme. Cependant, si cette époque marque la fin du trafic, il faudra encore attendre plusieurs générations pour totalement abolir l'esclavage. Et nous avons réalisé combien cette blessure est encore ouverte lorsque nous avons interviewé l'ancien maire noir de Richmond (un septuagénaire qui fut le deuxième a être élu à cette fonction): sur la colline dominant Richmond, nous avons vu des larmes surgir lorsqu'il nous a dit en regardant "sa ville": "mon grand père a été esclave dans cette ville et moi j'en ai été le maire..."
Et ce destin exceptionnel ne doit pas faire oublier l'immense combat pour l'égalité et la dignité qui peine à porter des fruits. L'histoire de Martin Luther King est si récente que les africains américains de 50 ans se rappellent les magasins interdits aux chiens et aux noirs, les places dans les bus réservés aux blancs...
Et aujourd'hui la génération suivante subit une ségrégation de fait malgré les lois. Pauvreté endémique, taux de chômages dans certains quartiers noirs proche de 50%... l'Amérique peine à offrir à ses enfants une égalité de chance !
L'histoire d'un modèle visionnaire...
Dick par sa double lignée familiale incarne la noble famille sudiste qui, après sa venue d'Europe a bâtit un morceau des états-unis. Son aïeul maternel a été le fondateur de Richmond et sa somptueuse demeure à 50 miles de la ville (qui n'appartient plus à la famille) témoigne de la puissance familiale de l'époque. Côté paternel, l'arrière grand-père Ruffin fut un sudiste acharné qui "tira le premier et le dernier coup de feu de la guerre". Le premier pour défendre le droit à l'esclavage (tout le système économique de la région dépendait de cette main d'½uvre) et le dernier pour se suicider lorsque la guerre fut pour lui perdue.
Mais Dick se rappelle avoir longtemps partagé une fierté héritée de faire partie d'une famille chez qui les esclaves étaient bien traités et respectés. Et il lui faudra un long itinéraire personnel fait d'engagement et d'humilité pour réaliser pleinement les profondes blessures subies encore aujourd'hui par les descendants de ces familles d'esclaves. C'est cette histoire que nous sommes allés recueillir car de cette impressionnante démarche personnelle a jailli un modèle visionnaire pour améliorer le climat social dans les grandes villes multiethniques.
Jeune homme, Dick étudie à Oxford en Angleterre. Il rencontre là le mouvement Initiative et Changement qui réunit sous une même philosophie des hommes et femmes de toute origine, culture et croyance. Dick fait sienne leurs charte de vie fondée sur quatre piliers: l'amour, l'honnêteté absolue, la pureté et le désintéressement. Dick s'engage à la suite d'illustres prédécesseurs qui ont trouvé dans ce mouvement la force et l'intuition pour apporter au 20 ème siècle des réponses d'envergure. Maurice Schuman et Conrad Adenauer s'y sont rencontrés et y ont puisé leur inspiration pour construire la réconciliation franco-allemande.
Après quelques années comme officier de marine, Dick décide de s'engager à plein temps pour Initiatives et Changement qui à travers le monde, discrètement, oeuvre pour favoriser, à l'éclairage de ces valeurs, la réflexion, la prise de conscience ( partant d'une transformation personnelle)et la rencontre entre les responsables politiques des zones de conflit pour guerir les blessures du passe et resoudre les conflits actuels. Aujourd'hui, Dick co-dirige le mouvement international aux côtés de Monsieur Somaruga, ancien Président international de la Croix rouge. Initiatives et Changement intervient sur les conflits externes mais aussi internes aux pays, en favorisanr la rencontre entre adversaires et en les accompagnant. Et Dick initie puis accompagne une équipe qui à Richmond va se spécialiser dans la résolution de la violence raciale dans les villes. Pour les raisons évoquées précédemment, Richmond cristallise par son histoire une tension raciale de grande ampleur. La ville s'est ghétoisée de manière caricaturale. Face à la montée d'une majorité noire américaine les blancs ont massivement désertés la ville pour s'installer dans des quartiers blancs en périphérie. École noire en échec, école blanche privilégiée; chômage noir, emploi blanc; habitat noir, habitat blanc (une loi immobilière insidieuse récente a longtemps réservé les prêts immobiliers à taux réduits aux emprunteurs blancs dans les quartiers blancs). Ainsi, toutes les strates de l'organisation sociale locale ont progressivement été atteintes par cet apartheid de fait.
Un (mal)heureux incident !
Initiatives et changement expérimente à Richmond un modèle d'action pour répondre avec ses valeurs à cet immense problème. Ce modèle visionnaire naît d'un incident apparemment malheureux au début des années 90 :
Initiatives et Changement dispose en Suisse d'un somptueux palace de la belle époque au dessus du lac de Genève ou 400 congressistes peuvent se réunir lors de sessions thématiques sur les différents enjeux de paix autour de la planète. Se côtoient rois, ministres, rebelles et influents des cinq continents.
Sous l'influence de Dick et à l'initiative des responsables d'Initiatives et changement à Richmond, un groupe de Richmond fait, à cette époque, le voyage pour la Suisse pour approfondir leur réflexion sur le mauvais climat social à Richmond; le thème de la rencontre de Caux cette année là : la violence urbaine. Parmi eux, le maire noir de Richmond et un groupe d'une vingtaine de jeunes blancs et noirs, représentants divers groupes locaux. Tous sont motivés pour participer à un tel forum car la violence urbaine est quotidienne et croissante à Richmond. Mais sans que personne n'ait pu le prévoir, se jouera ces jours là une phase décisive de la construction du modèle "Hope in the city". Durant le forum alternent plénières thématiques puis réflexion en petit groupe réunissant les parties prenante d'un même problème. Le groupe de Richmond réfléchit longuement aux causes profondes de la violence urbaine et aux possibles solutions quand intervient une violente altercation entre les participants. Les jeunes d'origine africaine révèlent alors leur mal-être profond lié à l'histoire douloureuse du peuple afro-américain: les conséquences actuelles des erreurs du passé, la réalité quotidienne du racisme et de ses différents visages, injustice économique, sociale, humaine et les conséquences de cette exclusion, violence, drogue, alcoolisme...
Cette explosion violente au sein d'un groupe désireux de collaborer à l'amélioration de la vie à Richmond forgera la vision fondatrice de Hope in the City : pour réussir une politique d'intégration et de cohésion sociale, il est indispensable de se donner les moyens de guérir les blessures du passé. Le processus de réconciliation franco-allemande puisé dans les valeurs de Initiatives et Changement par Schuman et Adenauer en est l'exemple et l'illustration. Ce modèle doit s'appliquer aux réalités nationales ou locales de peuples qui se sont opposés et blessés dans leurs histoires communes. Dick Ruffin renforce sa conviction en la partageant avec un ami historien de renom spécialisé dans l'analyse du processus de la réconciliation franco-allemande.
L'incident de Caux démontre l'importance de mener en profondeur un processus de rencontre et d'écoute comme "thérapie de groupe" pour guérir les blessures du passé par ces "discussions franches, honnêtes et respectueuses entre les membres des communautés. Elles doivent se dérouler aux divers échelons de la communauté pour que le plus grand nombre, du simple citoyen aux dirigeants puissent prendre part au processus.
A l'échelle d'un pays ou d'une ville, les recettes sont les mêmes; elles vont devenir la colonne vertébrale de Hope in the city:
1ère étape :
Rencontrer individuellement les responsables des différentes communautés locales (économique, politique, média, religieux, éducatives...) pour inviter, selon les valeurs du mouvement à réfléchir à sa responsabilité et à son possible engagement pour contribuer à résoudre le problème. Les rencontres ne se font pas dans une perspective culpabilisante mais de réflexion constructive sur la responsabilité et capacité individuelle et collective à agir.
A Initiatives et Changement, l'expérience locale ou internationale prouve que le partage de valeurs communes peut réunir les responsables les plus opposés. C'est un ciment puissant pour construire une société plus juste sur la base de l'amour (aimer ceux dont on est responsable), de l'honnêteté absolue (une aspiration plus ou moins enfouie dans le c½ur du plus grand nombre), de la pureté (une valeur qui, si elle peut paraître désuète, revêt une force particulière lorsqu'elle manque à nos dirigeants (voir les "affaires;;;") et du désintéressement (un responsable ne peut réellement servir la société et se servir...).
Toutes les grandes entreprises savent aujourd'hui l'importance de se construire sur des valeurs fortes et fédératrices symbolisées par leurs marques. Initiatives et Changement est visionnaire en se faisant promoteur de ces valeurs dans le champ politique et social. Leur universalité fédère tous les hommes au delà de leurs appartenances humaines sociales ou spirituelles.
A Richmond, hommes politiques, hommes d'affaires, responsables religieux, responsables des médias, des jeunes... sont donc régulièrement sollicités pour des rencontres de réflexion sur les problèmes raciaux et sociaux de la ville et les responsabilités et capacités individuelles et collectives pour construire, ensemble, un chemin de résolution.
2ème étape :
Ces responsables apportent leur soutien et contribution à la mise en oeuvre de groupes locaux de rencontre, d'écoute et de réflexion sur la compréhension et l'analyse du problème.
Là, se joue une phase critique du processus. Chacun doit pouvoir se sentir respecté, écouté, compris au-delà des différences et des souffrances.
C'est de cette écoute approfondie et respectueuse que naîtra, du fait de la compréhension approfondie de l'autre, une capacité à se pardonner pour guérir les blessures du passé puis à dialoguer pour construire ensemble les chemins de l'avenir.
Ces réunions se font dans des cadres propices et sont accompagnées très professionnellement par des "facilitateurs" qui veillent à leur bon déroulement pour chacune des parties. Leur réussite sculpte la pierre angulaire du futur édifice. Quand deux personnes ou deux communautés humaines qui se sont blessées puis isolées dans l'ignorance puis le mutisme apprennent à se rencontrer et à s'écouter pour comprendre la souffrance de l'autre, alors se rompt la principale cause du racisme et de ses conséquences : l'incompréhension et la peur...
3ème étape :
Définition d'actions individuelles et collectives, symboliques ou effectives pour bâtir l'avenir.
Au retour de Caux, le maire et Rob Corcoran, le responsable local de Initiatives et Changement, partagent avec Dick leur conviction de l'urgence de signifier ces efforts de réconciliation par des temps forts pour impliquer le plus grand nombre d'habitants de Richmond. L'idée d'une marche souvenir unissant les communautés blanches et noires sur le parcours effectué par les esclaves depuis le port jusqu'au marché aux esclaves près de la gare routière sera le temps fort et l'acte fondateur de hope in the city.
Les esclaves étaient débarqués de nuit à 2 miles de la ville puis parqués pour être vendus près de la gare ferroviaire prête à acheminer vers les diverses plantations. Le soutien du principal titre de presse (conservateur !), de la mairie et de nombreux dirigeants (entreprises, sociaux...) fera de cette journée un succès populaire de grande ampleur (plusieurs milliers de participants pour qui cette marche cote à cote a favorisé une prise de conscience et une volonté d'évolution des mentalités et des comportements).
La démarche fut douloureuse pour les habitants des deux origines.
Les 2 frères...
Symboliquement, pour les besoins du reportage, nous avons demandé à Dick Ruffin et au pasteur Tee (membre d'Initiatives et changement d'origine africaine,) de bien vouloir reparcourir une étape de cette marche le long de l'ancien port pour expliquer aux enfants. La réaction de chacun d'eux témoigne de la souffrance d'un passé aux conséquences bien actuelles.
Le pasteur Tee, sans haine, mais avec des mots remplis de l'amertume accumulée dans son combat quotidien au service de sa communauté locale qui le confronte toujours à la même litanie (chômage, violence drogue, échec scolaire...), rappelle lui aussi, qu'enfant, certains commerces lui étaient interdits, que son arrière grand père était esclave, que la ghettoïsation de Richmond bloque pour le plus grand nombre les chances d'une insertion économique et sociale. Et son regard se fera plus amer encore lorsqu'il nous fera réaliser que sa blessure la plus profonde est celle du sentiment apatride. Conduit ici par force, son peuple ne connaîtra jamais ses racines africaines (pour éviter les révoltes, les esclavagistes séparaient les familles et les ethnies et rares sont ceux qui ont pu retrouver leurs origines). Coupé de ses racines et sans égalité de chance, Tee pour son peuple pardonne mais ne peut oublier. Et il oeuvre au sein d'Initiative et changement avec la conviction que cette ségrégation ne doit pas être une fatalité.
Dick marchant avec nos enfants et portant Maude dans ses bras est visiblement très ému de réentendre Tee en ce lieu si tragiquement symbolique. Il nous a témoigné de l'étape majeure que fut pour lui cette journée de commémoration. Parcourir avec les descendants des esclaves de sa famille ce "chemin historique" déclenchera en lui une prise de conscience profonde. Jusque là, il n'avait, malgré ses choix de vie profondément humanistes, jamais pris conscience des souffrances imposées par les siens aux familles d'esclaves (cela faisait partie de l'histoire et sa famille les traitaient bien...).
De plus, cette démarche d'écoute profonde des souffrances passées et présentes du peuple afro-américain lui fit prendre conscience d'un involontaire et insidieux sentiment de supériorité. Difficulté d'écouter et de prendre sa parole en compte avec autant de sérieux que celle d'un blanc...
Dick réalise pleinement combien l'histoire, les différences sociales, l'éducation peuvent créer chez l'être humain des obstacles profondément enfouis.
Découvrir cette réalité en lui après plus de 20 ans d'engagement humain et social permet à Dick de conceptualiser cette nécessaire étape d'écoute et de dialogue, fondamentale pour que tout effort d'intégration puisse porter ses fruits.
Un modèle qui fait tache d'huile
Aujourd'hui, ce modèle Hope in the city est développé dans plusieurs grandes villes des U.S.A. et repris par le gouvernement fédéral. Il permet d'accéder à plusieurs résultats remarquables dans la gestion des fractures sociales liées aux blessures du passé :
- Rencontre des groupes sociaux qui se craignent ou s'ignorent du fait de leur différence et de leurs passés ;
- Mobilisation et collaboration aux différents échelons des habitants et acteurs de la cité pour réfléchir et construire des projets d'intégration sociale ;
- Création d'un climat de confiance propice à l'éclosion d'initiatives (à Richmond : action de tutorat scolaire, programme de réhabilitation de l'habitat défavorisé, création d'un musée de la mémoire prenant en compte l'histoire vue par les communautés indienne, africaine, européenne...) ;
- Baisse (non quantifiable à date par manque de données historiques) de la tension raciale et amélioration du climat social.
Nous quittons Richmond convaincus que se prépare, par ce modèle, le terreau d'une réconciliation dans lequel s'enracinera le développement d'une société plus intégrée et plus juste. La naissance de ce projet dans la ville même où débarquait la majorité des esclaves américains nous apparaît comme un clin d'½il optimiste de l'histoire. La similitude avec le processus franco allemand ou deux peuples fratricides ont été les fers de lance de la construction européenne (qui force l'admiration chez les américains !) permet de rêver que ce modèle soit essaimable pour les nombreuses villes qui autour de la planète connaissent ces situation de poudrière sociale.
Le clin d'oeil d'Arthur Ashe
Au c½ur de Richmond, ce clin d'½il a pris la forme d'une statue... celle d'Arthur Ashe, le célèbre premier champion international de tennis d'origine africaine. Cette histoire résume, comme une jolie parabole, le chemin d'Hope in the city:
Sur les "champs d'elysées" de Richmond, s'égrène une longue procession de statues... de généraux sudistes rappelant un passé... et un présent "très conservateur" pour la majorité des habitants blancs de la ville. Après la mort du champion (du sida après une transfusion sanguine) ses amis ont voulu lui ériger une statue. Le choix de l'emplacement a cristallisé les ressentiments raciaux des habitants.
Naturellement, Arthur Ashe devait prendre place sur ces "champs élysées" pour rendre hommage au grand homme originaire de la ville... mais au milieu des généraux sudistes !
La communauté d'origine africaine voulait choisir un quartier à majorité noir pour ne pas mêler leurs héros aux sudistes. La communauté conservatrice voulait éviter la présence d'un noir parmi les généraux !
L'action de Hope in the city a permis de mettre en place une importante démarche de rencontre et d'écoute pour que chaque communauté accepte de voir en la statue le symbole d'une volonté commune d'intégration et de fierté partagée. Et Arthur Ashe ouvre aujourd'hui cette avenue centrale de la ville tel une balise indiquant un chemin possible pour tous.
Nous quittons Dick et Randy le c½ur rempli d'amitié et de reconnaissance après une fête organisée chez eux en notre honneur durant laquelle nous avons eu la joie de raconter nos trois premiers mois de voyage à une vingtaine d'amis d'Initiatives et Changement.
Prochaine newsletter: Jeff Palmer et la couverture sociale universelle aux U.S.A.
Merci pour votre lecture.
newsletter N°4
Chers amis,
Dans la chaleur de Bangkok et avec cette 5ème newsletter, nous vous envoyons nos meilleurs voeux pour de belles fêtes de Noël et une très belle et heureuse année 2005.
Que cette nouvelle année vous apporte beaucoup de joie et de bonheur. Nous essaierons par nos lettres de continuer de vous faire partager les histoires de ces pionniers du bout du monde qui nous témoignent que rien n'est impossible ou perdu face aux enjeux de notre époque. Que leurs histoires nous donnent cette joie et espérance dans un monde où chacun puisse trouver son chemin de bonheur.
Dick Ruffin et la violence raciale dans les villes.
Cote Est des États-Unis
Choisir les États-Unis après le "bras de fer" Bush-Chirac et l'incroyable matraquage médiatique qui l'a suivi s'inscrit pour nous comme une étape au delà de nos a priori. Nous sommes surpris de constater, en arrivant sur ce continent, les préjuges accumules par les enfants, (pour la plupart) en dehors des discussions familiales !
Ces 2 mois nous donneront la chance de sillonner ce surprenant pays du Nord au Sud sur la côte Est puis sur la côte Ouest. Nous quitterons ce géant le c½ur remplis de nos rencontres et émerveilles par l'étonnante beauté et diversité de ses paysages. L'unique agression "francophobe" dont nous pourrons faire mémoire sera celle d'une vendeuse de fleurs nous demandant:"Est-ce vrai que les français n'aiment pas les américains ?". Réponse délicate à trouver pour être vraie et ouverte "Les médias nous imposent souvent une pensée unique parcellaire et tronquée. La seule vraie manière de connaître l'autre c'est de le rencontrer. Cela fait tomber les a priori et favorise souvent les relations amicales !". Sans... m'envoyer de fleurs, la fleuriste m'a remercie pour cette discussion.
Dick Ruffin, l'enfant prodigue chez les esclavagistes.
Dick et sa femme Randy incarnent pour nous l'expression "Best of". Ils semblent par leur allure et leurs exceptionnelles qualités d'esprit et de c½ur avoir puisé dans leurs racines américaines et européennes le "meilleur des mondes".
Si nous avons sélectionné ce témoignage, comme chemin pour le 21 ème siècle, c'est autant pour le réel potentiel que représente "Hope in the city" pour résoudre le problème de la violence et du racisme dans les banlieues que pour la remarquable aventure humaine qui aura permis a Dick d'en être l'initiateur.
La poudrière sociale américaine.
Si en Europe les récents courants migratoires et les erreurs de politique d'intégration ont favorise la peur, l'incompréhension et les créations de ghettos d'exclusion et de racisme, les États-Unis connaissent des problèmes bien plus anciens et graves malgré le mythe du melting pot. La population indienne décimée à 95% est aujourd'hui majoritairement concentrée dans des réserves désertiques. Lorsque nous avons traversé ces régions, nous avons été frappés par ces habitats préfabriqués de misère épars le long des routes et illustrant violemment leurs perte de racine et de dignité.
La population hispanique croissante sous la pression de l'Amérique du sud envieuse de leur puissant voisin crée un flux migratoire constant et mal maîtrisé tant par le nombre des migrants que dans les capacités d'intégration.
Mais à Richmond - le port de Richmond a accueilli la grande majorité des bateaux importateurs d'esclaves aux U.S.A. - se trouve la principale racine de la source migratoire que l'on peut considérer comme la plus douloureuse de l'histoire occidentale: les "américains d'Afrique". Autrement dit les descendants des 2 millions d'esclaves qui ont provoqués l'unique guerre intérieure aux États-Unis: la guerre de sécession. Même si elle a plus servi de prétexte aux politiciens nordistes dont la plupart n'avait que peu de préoccupation du sort des esclaves (l'opposition aux sudistes était le motif majeur de leurs motivation), elle a permis de stopper cette monstrueuse exploitation de l'homme par l'homme. Cependant, si cette époque marque la fin du trafic, il faudra encore attendre plusieurs générations pour totalement abolir l'esclavage. Et nous avons réalisé combien cette blessure est encore ouverte lorsque nous avons interviewé l'ancien maire noir de Richmond (un septuagénaire qui fut le deuxième a être élu à cette fonction): sur la colline dominant Richmond, nous avons vu des larmes surgir lorsqu'il nous a dit en regardant "sa ville": "mon grand père a été esclave dans cette ville et moi j'en ai été le maire..."
Et ce destin exceptionnel ne doit pas faire oublier l'immense combat pour l'égalité et la dignité qui peine à porter des fruits. L'histoire de Martin Luther King est si récente que les africains américains de 50 ans se rappellent les magasins interdits aux chiens et aux noirs, les places dans les bus réservés aux blancs...
Et aujourd'hui la génération suivante subit une ségrégation de fait malgré les lois. Pauvreté endémique, taux de chômages dans certains quartiers noirs proche de 50%... l'Amérique peine à offrir à ses enfants une égalité de chance !
L'histoire d'un modèle visionnaire...
Dick par sa double lignée familiale incarne la noble famille sudiste qui, après sa venue d'Europe a bâtit un morceau des états-unis. Son aïeul maternel a été le fondateur de Richmond et sa somptueuse demeure à 50 miles de la ville (qui n'appartient plus à la famille) témoigne de la puissance familiale de l'époque. Côté paternel, l'arrière grand-père Ruffin fut un sudiste acharné qui "tira le premier et le dernier coup de feu de la guerre". Le premier pour défendre le droit à l'esclavage (tout le système économique de la région dépendait de cette main d'½uvre) et le dernier pour se suicider lorsque la guerre fut pour lui perdue.
Mais Dick se rappelle avoir longtemps partagé une fierté héritée de faire partie d'une famille chez qui les esclaves étaient bien traités et respectés. Et il lui faudra un long itinéraire personnel fait d'engagement et d'humilité pour réaliser pleinement les profondes blessures subies encore aujourd'hui par les descendants de ces familles d'esclaves. C'est cette histoire que nous sommes allés recueillir car de cette impressionnante démarche personnelle a jailli un modèle visionnaire pour améliorer le climat social dans les grandes villes multiethniques.
Jeune homme, Dick étudie à Oxford en Angleterre. Il rencontre là le mouvement Initiative et Changement qui réunit sous une même philosophie des hommes et femmes de toute origine, culture et croyance. Dick fait sienne leurs charte de vie fondée sur quatre piliers: l'amour, l'honnêteté absolue, la pureté et le désintéressement. Dick s'engage à la suite d'illustres prédécesseurs qui ont trouvé dans ce mouvement la force et l'intuition pour apporter au 20 ème siècle des réponses d'envergure. Maurice Schuman et Conrad Adenauer s'y sont rencontrés et y ont puisé leur inspiration pour construire la réconciliation franco-allemande.
Après quelques années comme officier de marine, Dick décide de s'engager à plein temps pour Initiatives et Changement qui à travers le monde, discrètement, oeuvre pour favoriser, à l'éclairage de ces valeurs, la réflexion, la prise de conscience ( partant d'une transformation personnelle)et la rencontre entre les responsables politiques des zones de conflit pour guerir les blessures du passe et resoudre les conflits actuels. Aujourd'hui, Dick co-dirige le mouvement international aux côtés de Monsieur Somaruga, ancien Président international de la Croix rouge. Initiatives et Changement intervient sur les conflits externes mais aussi internes aux pays, en favorisanr la rencontre entre adversaires et en les accompagnant. Et Dick initie puis accompagne une équipe qui à Richmond va se spécialiser dans la résolution de la violence raciale dans les villes. Pour les raisons évoquées précédemment, Richmond cristallise par son histoire une tension raciale de grande ampleur. La ville s'est ghétoisée de manière caricaturale. Face à la montée d'une majorité noire américaine les blancs ont massivement désertés la ville pour s'installer dans des quartiers blancs en périphérie. École noire en échec, école blanche privilégiée; chômage noir, emploi blanc; habitat noir, habitat blanc (une loi immobilière insidieuse récente a longtemps réservé les prêts immobiliers à taux réduits aux emprunteurs blancs dans les quartiers blancs). Ainsi, toutes les strates de l'organisation sociale locale ont progressivement été atteintes par cet apartheid de fait.
Un (mal)heureux incident !
Initiatives et changement expérimente à Richmond un modèle d'action pour répondre avec ses valeurs à cet immense problème. Ce modèle visionnaire naît d'un incident apparemment malheureux au début des années 90 :
Initiatives et Changement dispose en Suisse d'un somptueux palace de la belle époque au dessus du lac de Genève ou 400 congressistes peuvent se réunir lors de sessions thématiques sur les différents enjeux de paix autour de la planète. Se côtoient rois, ministres, rebelles et influents des cinq continents.
Sous l'influence de Dick et à l'initiative des responsables d'Initiatives et changement à Richmond, un groupe de Richmond fait, à cette époque, le voyage pour la Suisse pour approfondir leur réflexion sur le mauvais climat social à Richmond; le thème de la rencontre de Caux cette année là : la violence urbaine. Parmi eux, le maire noir de Richmond et un groupe d'une vingtaine de jeunes blancs et noirs, représentants divers groupes locaux. Tous sont motivés pour participer à un tel forum car la violence urbaine est quotidienne et croissante à Richmond. Mais sans que personne n'ait pu le prévoir, se jouera ces jours là une phase décisive de la construction du modèle "Hope in the city". Durant le forum alternent plénières thématiques puis réflexion en petit groupe réunissant les parties prenante d'un même problème. Le groupe de Richmond réfléchit longuement aux causes profondes de la violence urbaine et aux possibles solutions quand intervient une violente altercation entre les participants. Les jeunes d'origine africaine révèlent alors leur mal-être profond lié à l'histoire douloureuse du peuple afro-américain: les conséquences actuelles des erreurs du passé, la réalité quotidienne du racisme et de ses différents visages, injustice économique, sociale, humaine et les conséquences de cette exclusion, violence, drogue, alcoolisme...
Cette explosion violente au sein d'un groupe désireux de collaborer à l'amélioration de la vie à Richmond forgera la vision fondatrice de Hope in the City : pour réussir une politique d'intégration et de cohésion sociale, il est indispensable de se donner les moyens de guérir les blessures du passé. Le processus de réconciliation franco-allemande puisé dans les valeurs de Initiatives et Changement par Schuman et Adenauer en est l'exemple et l'illustration. Ce modèle doit s'appliquer aux réalités nationales ou locales de peuples qui se sont opposés et blessés dans leurs histoires communes. Dick Ruffin renforce sa conviction en la partageant avec un ami historien de renom spécialisé dans l'analyse du processus de la réconciliation franco-allemande.
L'incident de Caux démontre l'importance de mener en profondeur un processus de rencontre et d'écoute comme "thérapie de groupe" pour guérir les blessures du passé par ces "discussions franches, honnêtes et respectueuses entre les membres des communautés. Elles doivent se dérouler aux divers échelons de la communauté pour que le plus grand nombre, du simple citoyen aux dirigeants puissent prendre part au processus.
A l'échelle d'un pays ou d'une ville, les recettes sont les mêmes; elles vont devenir la colonne vertébrale de Hope in the city:
1ère étape :
Rencontrer individuellement les responsables des différentes communautés locales (économique, politique, média, religieux, éducatives...) pour inviter, selon les valeurs du mouvement à réfléchir à sa responsabilité et à son possible engagement pour contribuer à résoudre le problème. Les rencontres ne se font pas dans une perspective culpabilisante mais de réflexion constructive sur la responsabilité et capacité individuelle et collective à agir.
A Initiatives et Changement, l'expérience locale ou internationale prouve que le partage de valeurs communes peut réunir les responsables les plus opposés. C'est un ciment puissant pour construire une société plus juste sur la base de l'amour (aimer ceux dont on est responsable), de l'honnêteté absolue (une aspiration plus ou moins enfouie dans le c½ur du plus grand nombre), de la pureté (une valeur qui, si elle peut paraître désuète, revêt une force particulière lorsqu'elle manque à nos dirigeants (voir les "affaires;;;") et du désintéressement (un responsable ne peut réellement servir la société et se servir...).
Toutes les grandes entreprises savent aujourd'hui l'importance de se construire sur des valeurs fortes et fédératrices symbolisées par leurs marques. Initiatives et Changement est visionnaire en se faisant promoteur de ces valeurs dans le champ politique et social. Leur universalité fédère tous les hommes au delà de leurs appartenances humaines sociales ou spirituelles.
A Richmond, hommes politiques, hommes d'affaires, responsables religieux, responsables des médias, des jeunes... sont donc régulièrement sollicités pour des rencontres de réflexion sur les problèmes raciaux et sociaux de la ville et les responsabilités et capacités individuelles et collectives pour construire, ensemble, un chemin de résolution.
2ème étape :
Ces responsables apportent leur soutien et contribution à la mise en oeuvre de groupes locaux de rencontre, d'écoute et de réflexion sur la compréhension et l'analyse du problème.
Là, se joue une phase critique du processus. Chacun doit pouvoir se sentir respecté, écouté, compris au-delà des différences et des souffrances.
C'est de cette écoute approfondie et respectueuse que naîtra, du fait de la compréhension approfondie de l'autre, une capacité à se pardonner pour guérir les blessures du passé puis à dialoguer pour construire ensemble les chemins de l'avenir.
Ces réunions se font dans des cadres propices et sont accompagnées très professionnellement par des "facilitateurs" qui veillent à leur bon déroulement pour chacune des parties. Leur réussite sculpte la pierre angulaire du futur édifice. Quand deux personnes ou deux communautés humaines qui se sont blessées puis isolées dans l'ignorance puis le mutisme apprennent à se rencontrer et à s'écouter pour comprendre la souffrance de l'autre, alors se rompt la principale cause du racisme et de ses conséquences : l'incompréhension et la peur...
3ème étape :
Définition d'actions individuelles et collectives, symboliques ou effectives pour bâtir l'avenir.
Au retour de Caux, le maire et Rob Corcoran, le responsable local de Initiatives et Changement, partagent avec Dick leur conviction de l'urgence de signifier ces efforts de réconciliation par des temps forts pour impliquer le plus grand nombre d'habitants de Richmond. L'idée d'une marche souvenir unissant les communautés blanches et noires sur le parcours effectué par les esclaves depuis le port jusqu'au marché aux esclaves près de la gare routière sera le temps fort et l'acte fondateur de hope in the city.
Les esclaves étaient débarqués de nuit à 2 miles de la ville puis parqués pour être vendus près de la gare ferroviaire prête à acheminer vers les diverses plantations. Le soutien du principal titre de presse (conservateur !), de la mairie et de nombreux dirigeants (entreprises, sociaux...) fera de cette journée un succès populaire de grande ampleur (plusieurs milliers de participants pour qui cette marche cote à cote a favorisé une prise de conscience et une volonté d'évolution des mentalités et des comportements).
La démarche fut douloureuse pour les habitants des deux origines.
Les 2 frères...
Symboliquement, pour les besoins du reportage, nous avons demandé à Dick Ruffin et au pasteur Tee (membre d'Initiatives et changement d'origine africaine,) de bien vouloir reparcourir une étape de cette marche le long de l'ancien port pour expliquer aux enfants. La réaction de chacun d'eux témoigne de la souffrance d'un passé aux conséquences bien actuelles.
Le pasteur Tee, sans haine, mais avec des mots remplis de l'amertume accumulée dans son combat quotidien au service de sa communauté locale qui le confronte toujours à la même litanie (chômage, violence drogue, échec scolaire...), rappelle lui aussi, qu'enfant, certains commerces lui étaient interdits, que son arrière grand père était esclave, que la ghettoïsation de Richmond bloque pour le plus grand nombre les chances d'une insertion économique et sociale. Et son regard se fera plus amer encore lorsqu'il nous fera réaliser que sa blessure la plus profonde est celle du sentiment apatride. Conduit ici par force, son peuple ne connaîtra jamais ses racines africaines (pour éviter les révoltes, les esclavagistes séparaient les familles et les ethnies et rares sont ceux qui ont pu retrouver leurs origines). Coupé de ses racines et sans égalité de chance, Tee pour son peuple pardonne mais ne peut oublier. Et il oeuvre au sein d'Initiative et changement avec la conviction que cette ségrégation ne doit pas être une fatalité.
Dick marchant avec nos enfants et portant Maude dans ses bras est visiblement très ému de réentendre Tee en ce lieu si tragiquement symbolique. Il nous a témoigné de l'étape majeure que fut pour lui cette journée de commémoration. Parcourir avec les descendants des esclaves de sa famille ce "chemin historique" déclenchera en lui une prise de conscience profonde. Jusque là, il n'avait, malgré ses choix de vie profondément humanistes, jamais pris conscience des souffrances imposées par les siens aux familles d'esclaves (cela faisait partie de l'histoire et sa famille les traitaient bien...).
De plus, cette démarche d'écoute profonde des souffrances passées et présentes du peuple afro-américain lui fit prendre conscience d'un involontaire et insidieux sentiment de supériorité. Difficulté d'écouter et de prendre sa parole en compte avec autant de sérieux que celle d'un blanc...
Dick réalise pleinement combien l'histoire, les différences sociales, l'éducation peuvent créer chez l'être humain des obstacles profondément enfouis.
Découvrir cette réalité en lui après plus de 20 ans d'engagement humain et social permet à Dick de conceptualiser cette nécessaire étape d'écoute et de dialogue, fondamentale pour que tout effort d'intégration puisse porter ses fruits.
Un modèle qui fait tache d'huile
Aujourd'hui, ce modèle Hope in the city est développé dans plusieurs grandes villes des U.S.A. et repris par le gouvernement fédéral. Il permet d'accéder à plusieurs résultats remarquables dans la gestion des fractures sociales liées aux blessures du passé :
- Rencontre des groupes sociaux qui se craignent ou s'ignorent du fait de leur différence et de leurs passés ;
- Mobilisation et collaboration aux différents échelons des habitants et acteurs de la cité pour réfléchir et construire des projets d'intégration sociale ;
- Création d'un climat de confiance propice à l'éclosion d'initiatives (à Richmond : action de tutorat scolaire, programme de réhabilitation de l'habitat défavorisé, création d'un musée de la mémoire prenant en compte l'histoire vue par les communautés indienne, africaine, européenne...) ;
- Baisse (non quantifiable à date par manque de données historiques) de la tension raciale et amélioration du climat social.
Nous quittons Richmond convaincus que se prépare, par ce modèle, le terreau d'une réconciliation dans lequel s'enracinera le développement d'une société plus intégrée et plus juste. La naissance de ce projet dans la ville même où débarquait la majorité des esclaves américains nous apparaît comme un clin d'½il optimiste de l'histoire. La similitude avec le processus franco allemand ou deux peuples fratricides ont été les fers de lance de la construction européenne (qui force l'admiration chez les américains !) permet de rêver que ce modèle soit essaimable pour les nombreuses villes qui autour de la planète connaissent ces situation de poudrière sociale.
Le clin d'oeil d'Arthur Ashe
Au c½ur de Richmond, ce clin d'½il a pris la forme d'une statue... celle d'Arthur Ashe, le célèbre premier champion international de tennis d'origine africaine. Cette histoire résume, comme une jolie parabole, le chemin d'Hope in the city:
Sur les "champs d'elysées" de Richmond, s'égrène une longue procession de statues... de généraux sudistes rappelant un passé... et un présent "très conservateur" pour la majorité des habitants blancs de la ville. Après la mort du champion (du sida après une transfusion sanguine) ses amis ont voulu lui ériger une statue. Le choix de l'emplacement a cristallisé les ressentiments raciaux des habitants.
Naturellement, Arthur Ashe devait prendre place sur ces "champs élysées" pour rendre hommage au grand homme originaire de la ville... mais au milieu des généraux sudistes !
La communauté d'origine africaine voulait choisir un quartier à majorité noir pour ne pas mêler leurs héros aux sudistes. La communauté conservatrice voulait éviter la présence d'un noir parmi les généraux !
L'action de Hope in the city a permis de mettre en place une importante démarche de rencontre et d'écoute pour que chaque communauté accepte de voir en la statue le symbole d'une volonté commune d'intégration et de fierté partagée. Et Arthur Ashe ouvre aujourd'hui cette avenue centrale de la ville tel une balise indiquant un chemin possible pour tous.
Nous quittons Dick et Randy le c½ur rempli d'amitié et de reconnaissance après une fête organisée chez eux en notre honneur durant laquelle nous avons eu la joie de raconter nos trois premiers mois de voyage à une vingtaine d'amis d'Initiatives et Changement.
Prochaine newsletter: Jeff Palmer et la couverture sociale universelle aux U.S.A.
Merci pour votre lecture.

