passeur d'espoir news letter n° 4

NEWSLETTER N° 4 - DICK RUFFIN ET LA VIOLENCE RACIALE DANS LES VILLES.


newsletter N°4


Chers amis,

Dans la chaleur de Bangkok et avec cette 5ème newsletter, nous vous envoyons nos meilleurs voeux pour de belles fêtes de Noël et une très belle et heureuse année 2005.

Que cette nouvelle année vous apporte beaucoup de joie et de bonheur. Nous essaierons par nos lettres de continuer de vous faire partager les histoires de ces pionniers du bout du monde qui nous témoignent que rien n'est impossible ou perdu face aux enjeux de notre époque. Que leurs histoires nous donnent cette joie et espérance dans un monde où chacun puisse trouver son chemin de bonheur.


Dick Ruffin et la violence raciale dans les villes.

Cote Est des États-Unis

Choisir les États-Unis après le "bras de fer" Bush-Chirac et l'incroyable matraquage médiatique qui l'a suivi s'inscrit pour nous comme une étape au delà de nos a priori. Nous sommes surpris de constater, en arrivant sur ce continent, les préjuges accumules par les enfants, (pour la plupart) en dehors des discussions familiales !

Ces 2 mois nous donneront la chance de sillonner ce surprenant pays du Nord au Sud sur la côte Est puis sur la côte Ouest. Nous quitterons ce géant le c½ur remplis de nos rencontres et émerveilles par l'étonnante beauté et diversité de ses paysages. L'unique agression "francophobe" dont nous pourrons faire mémoire sera celle d'une vendeuse de fleurs nous demandant:"Est-ce vrai que les français n'aiment pas les américains ?". Réponse délicate à trouver pour être vraie et ouverte "Les médias nous imposent souvent une pensée unique parcellaire et tronquée. La seule vraie manière de connaître l'autre c'est de le rencontrer. Cela fait tomber les a priori et favorise souvent les relations amicales !". Sans... m'envoyer de fleurs, la fleuriste m'a remercie pour cette discussion.


Dick Ruffin, l'enfant prodigue chez les esclavagistes.

Dick et sa femme Randy incarnent pour nous l'expression "Best of". Ils semblent par leur allure et leurs exceptionnelles qualités d'esprit et de c½ur avoir puisé dans leurs racines américaines et européennes le "meilleur des mondes".

Si nous avons sélectionné ce témoignage, comme chemin pour le 21 ème siècle, c'est autant pour le réel potentiel que représente "Hope in the city" pour résoudre le problème de la violence et du racisme dans les banlieues que pour la remarquable aventure humaine qui aura permis a Dick d'en être l'initiateur.

La poudrière sociale américaine.

Si en Europe les récents courants migratoires et les erreurs de politique d'intégration ont favorise la peur, l'incompréhension et les créations de ghettos d'exclusion et de racisme, les États-Unis connaissent des problèmes bien plus anciens et graves malgré le mythe du melting pot. La population indienne décimée à 95% est aujourd'hui majoritairement concentrée dans des réserves désertiques. Lorsque nous avons traversé ces régions, nous avons été frappés par ces habitats préfabriqués de misère épars le long des routes et illustrant violemment leurs perte de racine et de dignité.

La population hispanique croissante sous la pression de l'Amérique du sud envieuse de leur puissant voisin crée un flux migratoire constant et mal maîtrisé tant par le nombre des migrants que dans les capacités d'intégration.

Mais à Richmond - le port de Richmond a accueilli la grande majorité des bateaux importateurs d'esclaves aux U.S.A. - se trouve la principale racine de la source migratoire que l'on peut considérer comme la plus douloureuse de l'histoire occidentale: les "américains d'Afrique". Autrement dit les descendants des 2 millions d'esclaves qui ont provoqués l'unique guerre intérieure aux États-Unis: la guerre de sécession. Même si elle a plus servi de prétexte aux politiciens nordistes dont la plupart n'avait que peu de préoccupation du sort des esclaves (l'opposition aux sudistes était le motif majeur de leurs motivation), elle a permis de stopper cette monstrueuse exploitation de l'homme par l'homme. Cependant, si cette époque marque la fin du trafic, il faudra encore attendre plusieurs générations pour totalement abolir l'esclavage. Et nous avons réalisé combien cette blessure est encore ouverte lorsque nous avons interviewé l'ancien maire noir de Richmond (un septuagénaire qui fut le deuxième a être élu à cette fonction): sur la colline dominant Richmond, nous avons vu des larmes surgir lorsqu'il nous a dit en regardant "sa ville": "mon grand père a été esclave dans cette ville et moi j'en ai été le maire..."

Et ce destin exceptionnel ne doit pas faire oublier l'immense combat pour l'égalité et la dignité qui peine à porter des fruits. L'histoire de Martin Luther King est si récente que les africains américains de 50 ans se rappellent les magasins interdits aux chiens et aux noirs, les places dans les bus réservés aux blancs...

Et aujourd'hui la génération suivante subit une ségrégation de fait malgré les lois. Pauvreté endémique, taux de chômages dans certains quartiers noirs proche de 50%... l'Amérique peine à offrir à ses enfants une égalité de chance !


L'histoire d'un modèle visionnaire...

Dick par sa double lignée familiale incarne la noble famille sudiste qui, après sa venue d'Europe a bâtit un morceau des états-unis. Son aïeul maternel a été le fondateur de Richmond et sa somptueuse demeure à 50 miles de la ville (qui n'appartient plus à la famille) témoigne de la puissance familiale de l'époque. Côté paternel, l'arrière grand-père Ruffin fut un sudiste acharné qui "tira le premier et le dernier coup de feu de la guerre". Le premier pour défendre le droit à l'esclavage (tout le système économique de la région dépendait de cette main d'½uvre) et le dernier pour se suicider lorsque la guerre fut pour lui perdue.

Mais Dick se rappelle avoir longtemps partagé une fierté héritée de faire partie d'une famille chez qui les esclaves étaient bien traités et respectés. Et il lui faudra un long itinéraire personnel fait d'engagement et d'humilité pour réaliser pleinement les profondes blessures subies encore aujourd'hui par les descendants de ces familles d'esclaves. C'est cette histoire que nous sommes allés recueillir car de cette impressionnante démarche personnelle a jailli un modèle visionnaire pour améliorer le climat social dans les grandes villes multiethniques.
Jeune homme, Dick étudie à Oxford en Angleterre. Il rencontre là le mouvement Initiative et Changement qui réunit sous une même philosophie des hommes et femmes de toute origine, culture et croyance. Dick fait sienne leurs charte de vie fondée sur quatre piliers: l'amour, l'honnêteté absolue, la pureté et le désintéressement. Dick s'engage à la suite d'illustres prédécesseurs qui ont trouvé dans ce mouvement la force et l'intuition pour apporter au 20 ème siècle des réponses d'envergure. Maurice Schuman et Conrad Adenauer s'y sont rencontrés et y ont puisé leur inspiration pour construire la réconciliation franco-allemande.

Après quelques années comme officier de marine, Dick décide de s'engager à plein temps pour Initiatives et Changement qui à travers le monde, discrètement, oeuvre pour favoriser, à l'éclairage de ces valeurs, la réflexion, la prise de conscience ( partant d'une transformation personnelle)et la rencontre entre les responsables politiques des zones de conflit pour guerir les blessures du passe et resoudre les conflits actuels. Aujourd'hui, Dick co-dirige le mouvement international aux côtés de Monsieur Somaruga, ancien Président international de la Croix rouge. Initiatives et Changement intervient sur les conflits externes mais aussi internes aux pays, en favorisanr la rencontre entre adversaires et en les accompagnant. Et Dick initie puis accompagne une équipe qui à Richmond va se spécialiser dans la résolution de la violence raciale dans les villes. Pour les raisons évoquées précédemment, Richmond cristallise par son histoire une tension raciale de grande ampleur. La ville s'est ghétoisée de manière caricaturale. Face à la montée d'une majorité noire américaine les blancs ont massivement désertés la ville pour s'installer dans des quartiers blancs en périphérie. École noire en échec, école blanche privilégiée; chômage noir, emploi blanc; habitat noir, habitat blanc (une loi immobilière insidieuse récente a longtemps réservé les prêts immobiliers à taux réduits aux emprunteurs blancs dans les quartiers blancs). Ainsi, toutes les strates de l'organisation sociale locale ont progressivement été atteintes par cet apartheid de fait.


Un (mal)heureux incident !

Initiatives et changement expérimente à Richmond un modèle d'action pour répondre avec ses valeurs à cet immense problème. Ce modèle visionnaire naît d'un incident apparemment malheureux au début des années 90 :

Initiatives et Changement dispose en Suisse d'un somptueux palace de la belle époque au dessus du lac de Genève ou 400 congressistes peuvent se réunir lors de sessions thématiques sur les différents enjeux de paix autour de la planète. Se côtoient rois, ministres, rebelles et influents des cinq continents.

Sous l'influence de Dick et à l'initiative des responsables d'Initiatives et changement à Richmond, un groupe de Richmond fait, à cette époque, le voyage pour la Suisse pour approfondir leur réflexion sur le mauvais climat social à Richmond; le thème de la rencontre de Caux cette année là : la violence urbaine. Parmi eux, le maire noir de Richmond et un groupe d'une vingtaine de jeunes blancs et noirs, représentants divers groupes locaux. Tous sont motivés pour participer à un tel forum car la violence urbaine est quotidienne et croissante à Richmond. Mais sans que personne n'ait pu le prévoir, se jouera ces jours là une phase décisive de la construction du modèle "Hope in the city". Durant le forum alternent plénières thématiques puis réflexion en petit groupe réunissant les parties prenante d'un même problème. Le groupe de Richmond réfléchit longuement aux causes profondes de la violence urbaine et aux possibles solutions quand intervient une violente altercation entre les participants. Les jeunes d'origine africaine révèlent alors leur mal-être profond lié à l'histoire douloureuse du peuple afro-américain: les conséquences actuelles des erreurs du passé, la réalité quotidienne du racisme et de ses différents visages, injustice économique, sociale, humaine et les conséquences de cette exclusion, violence, drogue, alcoolisme...

Cette explosion violente au sein d'un groupe désireux de collaborer à l'amélioration de la vie à Richmond forgera la vision fondatrice de Hope in the City : pour réussir une politique d'intégration et de cohésion sociale, il est indispensable de se donner les moyens de guérir les blessures du passé. Le processus de réconciliation franco-allemande puisé dans les valeurs de Initiatives et Changement par Schuman et Adenauer en est l'exemple et l'illustration. Ce modèle doit s'appliquer aux réalités nationales ou locales de peuples qui se sont opposés et blessés dans leurs histoires communes. Dick Ruffin renforce sa conviction en la partageant avec un ami historien de renom spécialisé dans l'analyse du processus de la réconciliation franco-allemande.

L'incident de Caux démontre l'importance de mener en profondeur un processus de rencontre et d'écoute comme "thérapie de groupe" pour guérir les blessures du passé par ces "discussions franches, honnêtes et respectueuses entre les membres des communautés. Elles doivent se dérouler aux divers échelons de la communauté pour que le plus grand nombre, du simple citoyen aux dirigeants puissent prendre part au processus.

A l'échelle d'un pays ou d'une ville, les recettes sont les mêmes; elles vont devenir la colonne vertébrale de Hope in the city:

1ère étape :

Rencontrer individuellement les responsables des différentes communautés locales (économique, politique, média, religieux, éducatives...) pour inviter, selon les valeurs du mouvement à réfléchir à sa responsabilité et à son possible engagement pour contribuer à résoudre le problème. Les rencontres ne se font pas dans une perspective culpabilisante mais de réflexion constructive sur la responsabilité et capacité individuelle et collective à agir.

A Initiatives et Changement, l'expérience locale ou internationale prouve que le partage de valeurs communes peut réunir les responsables les plus opposés. C'est un ciment puissant pour construire une société plus juste sur la base de l'amour (aimer ceux dont on est responsable), de l'honnêteté absolue (une aspiration plus ou moins enfouie dans le c½ur du plus grand nombre), de la pureté (une valeur qui, si elle peut paraître désuète, revêt une force particulière lorsqu'elle manque à nos dirigeants (voir les "affaires;;;") et du désintéressement (un responsable ne peut réellement servir la société et se servir...).

Toutes les grandes entreprises savent aujourd'hui l'importance de se construire sur des valeurs fortes et fédératrices symbolisées par leurs marques. Initiatives et Changement est visionnaire en se faisant promoteur de ces valeurs dans le champ politique et social. Leur universalité fédère tous les hommes au delà de leurs appartenances humaines sociales ou spirituelles.

A Richmond, hommes politiques, hommes d'affaires, responsables religieux, responsables des médias, des jeunes... sont donc régulièrement sollicités pour des rencontres de réflexion sur les problèmes raciaux et sociaux de la ville et les responsabilités et capacités individuelles et collectives pour construire, ensemble, un chemin de résolution.

2ème étape :

Ces responsables apportent leur soutien et contribution à la mise en oeuvre de groupes locaux de rencontre, d'écoute et de réflexion sur la compréhension et l'analyse du problème.

Là, se joue une phase critique du processus. Chacun doit pouvoir se sentir respecté, écouté, compris au-delà des différences et des souffrances.

C'est de cette écoute approfondie et respectueuse que naîtra, du fait de la compréhension approfondie de l'autre, une capacité à se pardonner pour guérir les blessures du passé puis à dialoguer pour construire ensemble les chemins de l'avenir.

Ces réunions se font dans des cadres propices et sont accompagnées très professionnellement par des "facilitateurs" qui veillent à leur bon déroulement pour chacune des parties. Leur réussite sculpte la pierre angulaire du futur édifice. Quand deux personnes ou deux communautés humaines qui se sont blessées puis isolées dans l'ignorance puis le mutisme apprennent à se rencontrer et à s'écouter pour comprendre la souffrance de l'autre, alors se rompt la principale cause du racisme et de ses conséquences : l'incompréhension et la peur...

3ème étape :

Définition d'actions individuelles et collectives, symboliques ou effectives pour bâtir l'avenir.

Au retour de Caux, le maire et Rob Corcoran, le responsable local de Initiatives et Changement, partagent avec Dick leur conviction de l'urgence de signifier ces efforts de réconciliation par des temps forts pour impliquer le plus grand nombre d'habitants de Richmond. L'idée d'une marche souvenir unissant les communautés blanches et noires sur le parcours effectué par les esclaves depuis le port jusqu'au marché aux esclaves près de la gare routière sera le temps fort et l'acte fondateur de hope in the city.

Les esclaves étaient débarqués de nuit à 2 miles de la ville puis parqués pour être vendus près de la gare ferroviaire prête à acheminer vers les diverses plantations. Le soutien du principal titre de presse (conservateur !), de la mairie et de nombreux dirigeants (entreprises, sociaux...) fera de cette journée un succès populaire de grande ampleur (plusieurs milliers de participants pour qui cette marche cote à cote a favorisé une prise de conscience et une volonté d'évolution des mentalités et des comportements).

La démarche fut douloureuse pour les habitants des deux origines.


Les 2 frères...

Symboliquement, pour les besoins du reportage, nous avons demandé à Dick Ruffin et au pasteur Tee (membre d'Initiatives et changement d'origine africaine,) de bien vouloir reparcourir une étape de cette marche le long de l'ancien port pour expliquer aux enfants. La réaction de chacun d'eux témoigne de la souffrance d'un passé aux conséquences bien actuelles.

Le pasteur Tee, sans haine, mais avec des mots remplis de l'amertume accumulée dans son combat quotidien au service de sa communauté locale qui le confronte toujours à la même litanie (chômage, violence drogue, échec scolaire...), rappelle lui aussi, qu'enfant, certains commerces lui étaient interdits, que son arrière grand père était esclave, que la ghettoïsation de Richmond bloque pour le plus grand nombre les chances d'une insertion économique et sociale. Et son regard se fera plus amer encore lorsqu'il nous fera réaliser que sa blessure la plus profonde est celle du sentiment apatride. Conduit ici par force, son peuple ne connaîtra jamais ses racines africaines (pour éviter les révoltes, les esclavagistes séparaient les familles et les ethnies et rares sont ceux qui ont pu retrouver leurs origines). Coupé de ses racines et sans égalité de chance, Tee pour son peuple pardonne mais ne peut oublier. Et il oeuvre au sein d'Initiative et changement avec la conviction que cette ségrégation ne doit pas être une fatalité.

Dick marchant avec nos enfants et portant Maude dans ses bras est visiblement très ému de réentendre Tee en ce lieu si tragiquement symbolique. Il nous a témoigné de l'étape majeure que fut pour lui cette journée de commémoration. Parcourir avec les descendants des esclaves de sa famille ce "chemin historique" déclenchera en lui une prise de conscience profonde. Jusque là, il n'avait, malgré ses choix de vie profondément humanistes, jamais pris conscience des souffrances imposées par les siens aux familles d'esclaves (cela faisait partie de l'histoire et sa famille les traitaient bien...).

De plus, cette démarche d'écoute profonde des souffrances passées et présentes du peuple afro-américain lui fit prendre conscience d'un involontaire et insidieux sentiment de supériorité. Difficulté d'écouter et de prendre sa parole en compte avec autant de sérieux que celle d'un blanc...

Dick réalise pleinement combien l'histoire, les différences sociales, l'éducation peuvent créer chez l'être humain des obstacles profondément enfouis.

Découvrir cette réalité en lui après plus de 20 ans d'engagement humain et social permet à Dick de conceptualiser cette nécessaire étape d'écoute et de dialogue, fondamentale pour que tout effort d'intégration puisse porter ses fruits.


Un modèle qui fait tache d'huile

Aujourd'hui, ce modèle Hope in the city est développé dans plusieurs grandes villes des U.S.A. et repris par le gouvernement fédéral. Il permet d'accéder à plusieurs résultats remarquables dans la gestion des fractures sociales liées aux blessures du passé :

- Rencontre des groupes sociaux qui se craignent ou s'ignorent du fait de leur différence et de leurs passés ;

- Mobilisation et collaboration aux différents échelons des habitants et acteurs de la cité pour réfléchir et construire des projets d'intégration sociale ;

- Création d'un climat de confiance propice à l'éclosion d'initiatives (à Richmond : action de tutorat scolaire, programme de réhabilitation de l'habitat défavorisé, création d'un musée de la mémoire prenant en compte l'histoire vue par les communautés indienne, africaine, européenne...) ;

- Baisse (non quantifiable à date par manque de données historiques) de la tension raciale et amélioration du climat social.

Nous quittons Richmond convaincus que se prépare, par ce modèle, le terreau d'une réconciliation dans lequel s'enracinera le développement d'une société plus intégrée et plus juste. La naissance de ce projet dans la ville même où débarquait la majorité des esclaves américains nous apparaît comme un clin d'½il optimiste de l'histoire. La similitude avec le processus franco allemand ou deux peuples fratricides ont été les fers de lance de la construction européenne (qui force l'admiration chez les américains !) permet de rêver que ce modèle soit essaimable pour les nombreuses villes qui autour de la planète connaissent ces situation de poudrière sociale.


Le clin d'oeil d'Arthur Ashe

Au c½ur de Richmond, ce clin d'½il a pris la forme d'une statue... celle d'Arthur Ashe, le célèbre premier champion international de tennis d'origine africaine. Cette histoire résume, comme une jolie parabole, le chemin d'Hope in the city:

Sur les "champs d'elysées" de Richmond, s'égrène une longue procession de statues... de généraux sudistes rappelant un passé... et un présent "très conservateur" pour la majorité des habitants blancs de la ville. Après la mort du champion (du sida après une transfusion sanguine) ses amis ont voulu lui ériger une statue. Le choix de l'emplacement a cristallisé les ressentiments raciaux des habitants.

Naturellement, Arthur Ashe devait prendre place sur ces "champs élysées" pour rendre hommage au grand homme originaire de la ville... mais au milieu des généraux sudistes !

La communauté d'origine africaine voulait choisir un quartier à majorité noir pour ne pas mêler leurs héros aux sudistes. La communauté conservatrice voulait éviter la présence d'un noir parmi les généraux !

L'action de Hope in the city a permis de mettre en place une importante démarche de rencontre et d'écoute pour que chaque communauté accepte de voir en la statue le symbole d'une volonté commune d'intégration et de fierté partagée. Et Arthur Ashe ouvre aujourd'hui cette avenue centrale de la ville tel une balise indiquant un chemin possible pour tous.

Nous quittons Dick et Randy le c½ur rempli d'amitié et de reconnaissance après une fête organisée chez eux en notre honneur durant laquelle nous avons eu la joie de raconter nos trois premiers mois de voyage à une vingtaine d'amis d'Initiatives et Changement.


Prochaine newsletter: Jeff Palmer et la couverture sociale universelle aux U.S.A.


Merci pour votre lecture.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le vendredi 11 avril 2008 15:09

passeur d'espoir news letter n° 5

passeur d'espoir news letter n° 5
NEWSLETTER N° 5 - JEFF PALMER ET LA COUVERTURE SOCIALE UNIVERSELLE AUX U.S.A.


newsletter N°5


Dans l'avion vers Bangkok...

Ca y est. Nous voila en Asie, vers notre 3ème sous continent (Amérique du Sud en Juillet/Août; Newsletter 1 a 3) et Amérique du Nord, Sept/Oct., Newsletter 4 et 5).

Ces 2 mois Nord américains nous ont comblé d'abord par la qualité de nos deux pionniers rencontrés (Dick Ruffin puis Jeff Palmer) puis depuis 6 semaines par la découverte des prodigieuses richesses naturelles américaines et canadiennes. Nous n'avons jamais autant vu d'animaux en liberté grâce aux parcs naturels dont le concept est né dans ce pays il y a plus de 100 ans (parc de Yellowstone) et qui sont si bien pensés et gérés qu'ils offrent une rencontre entre l'homme et l'animal en respectant la liberté de chacun. Bien sûr, nous avons eu la chance d'éviter les mois touristiques et avons pu nous aventurer au gré de nos envies, sans contrainte de foule et de campements surchargés. Combat de wapitis (cerfs géants) dans une vallée des rocheuses canadiennes pour la saison des amours, suivi d'un coyote sur son parcours de chasse, antilopes, troupeaux de bisons, truites (lors d'une pêche au lancer), ours (une rencontre inespérée lorsque nous n'osions plus y croire, en surplomb d'un torrent qu'il traversait pour chasser), puis dans le pacifique, baleine, otaries, phoques, pélicans, éléphants de mer...

La nature dans ses somptueuses couleurs d'automne a été généreuse et nous a comblée. Elle nous a plusieurs fois coupé le souffle par la variété de ses paysages grandioses de glaciers, de déserts, de canyons, de formations minérales et végétales variées et s'offrant dans une myriade de couleurs évoluant majestueusement au gré des heures de la journée et du jeu des nuages et du soleil.

Ces étendues du far west que nous avons traversé du nord au sud sont puissantes et sauvages et forgent par la rigueur de leurs déserts la force du tempérament de pionnier qui les habitent. Le caractère se forge dans la nature qui l'héberge. Cette "carte postale" ne serait pas complète sans évoquer nos deux jours de "shows" (magie, animaux...) et de rodéo à Las Vegas, nos après midis de flâneries sur le port de San Francisco et notre soirée d'adieu dans un bar couleur locale à Los Angeles où les enfants ont gardé les yeux vissés sur les tournois de billard, les chanteurs de karaoké, les tablées de buveurs de bière et les grandes salles de jeux électroniques déclinés à tous les goûts.

Nos petits verriérois étaient prêts à brader le voyage vers l'Asie tant cette soirée tripôt à Los Angeles les envoûtaient !

Cette grande échappée dans la nature nord américaine découverte en camping car a été pour nous une longue étape de repos (presque un mois et demi) dont nous avions réellement besoin après la fatigue du départ (une grosse pression cumulée avec des nuits blanches d'appréhension, la fin de l'année scolaire...) et un début de voyage sur "les chapeaux de roue" avec 8 reportages en deux mois et demi.


Jeff Palmer , pionnier d'une couverture santé universelle aux états unis...

L'histoire de Jeff nous a particulièrement séduite car, face à un enjeu social d'envergure, elle apporte une réponse d'envergure et novatrice mais aussi avec une vertu à laquelle nous sommes particulièrement sensibles (même si elle n'est pas applicable à toutes les "solutions sociales"): Jeff a développé un modèle qui résout cet enjeu social et qui s'autofinance avec une véritable rentabilité économique... C'est un schéma idéal lorsque, dans le cadre des lois du marché, une entreprise peut avoir pour objectif la résolution de problèmes sociaux tout en développant une rentabilité économique. C'est le gage de la pérennité. Et cela ouvre de grandes perspectives car un projet économiquement viable peut attirer des capitaux à la mesure de sa rentabilité et de ses perspectives de développement ! Et elle n'est pas fragilisée par les "modes et humeurs" des contraintes politiques.

Après la découverte d'un modèle remarquable pour répondre aux tensions raciales dans les grandes villes (voir Dick Ruffin) un autre talon d'Achille du géant américain nous intéresse: les laissés pour compte de la super puissance économique. Et parmi eux, ceux qui cumulent pauvreté et problèmes de santé. Il est faux de dire que les plus pauvres ne sont pas assurés aux U.S.A.; Pour eux, l'état a mis en place une couverture sociale prenant en charge les dépenses de santé (médecins, médicaments, hôpitaux) et de nombreuses structures associatives apportent un soutien social couvrant les divers conséquences de la pauvreté (habitat, illettrisme, alimentation, alcoolisme, recherche d'emploi...).

Par contre, modèle libéral oblige, toute personne disposant de revenus, même minimum, doit prendre en charge sa propre couverture sociale en contractant une assurance privée. Pour les plus performants professionnellement (20% des actifs) l'employeur "offre" un "package" salaire +couverture sociale (retraite, santé...) qui donne un accès privilégié au coûteux système de santé privé américain.

Pour les 40% de revenus moyens, la couverture sociale est plus ou moins complète et rend aléatoire la prise en charge des soins dits "de confort".

Enfin pour 20% au bas de l'échelle des revenus, le système actuel laisse un "grand vide". Ces 20% correspondent à des problèmes d'employabilité (manque de qualification, difficulté à retrouver un emploi après un problème de santé, familial...) se trouvent contraints de subir une "survie" professionnelle fonction de la santé économique du pays. Ils alternent ainsi les emplois précaires à durée déterminée, souvent loin de leurs métiers d'origine. Le plus choquant pour nos yeux de français habitués à une protection sociale "championne du monde" (pour combien de temps encore?) est de rencontrer régulièrement des "seniors" de 70 ou 80 ans qui, suite à un parcours professionnel chaotique et, à une retraite insuffisante voire inexistante, se trouvent contraints de travailler à des "petits boulots". Serveurs de café, pompistes, balayeurs, grooms aux cheveux blancs et aux épaules voûtées nous ont ainsi servis, nous laissant gênés, dans une situation qui pourrait être burlesque si elle ne couvrait pas cette réalité sociale: face au groom de 80 ans qui nous tient la porte, notre "éducation française" déclenche l'habitude de répondre "après vous" aux cheveux blancs, lesquels n'ont malheureusement pas vocation à passer par une porte qui les sortiraient de leur situation.

Le plus choquant pour nous a été l'homme que nous avons croisé lorsque nous partions nous promener dans le parc naturel de Yellestone. Après une belle journée de communion avec la nature, nous avons réemprunté la même route de retour avec notre camping car. Et 6 heures plus tard, le même septuagénaire, au même endroit, avec la même tenue fatiguée, le même sac à dos de délaissé solitaire...

Pris en stop, je ne peux m'empêcher de le questionner. Voyageant au gré de petits boulots (je n'ai pas osé lui demander si dans sa ville d'attache à 10 heures de là il avait encore un logement), il venait de finir la saison touristique dans un lodge du parc. Et depuis le matin il attendait en vain une voiture qui ne s'arrêtait pas pour le conduire à la première ville hors du parc ou il toquerait à nouveau aux hypothétiques portes de nouveaux employeurs pour passer l'hiver...

Pour ces 20 %, l'employeur précaire n'offre pas d'assurance sociale et l'employé ne peut, sur ses maigres subsides aléatoires, se financer sa propre assurance... et son statut de salarié lui interdit tout accès à la couverture sociale "offerte" par l'état aux sans ressources.


Une "success story" à l'américaine...

Jeff vient d'une famille pauvre. Sa maman décède lorsqu'il est enfant et son papa l'élèvera "à la dure". Pas de vacance, pas de loisirs, pas de repos. Chaque jour, après l'école, et tout le week-end durant, Jeff doit travailler à la ferme. Pas de repos, pas de tendresse mais un bienfait: Apprendre la vertu du travail. Adolescent, il voit son papa se remarier et comme dans les mauvais contes de fée, une belle mère qui le malmène et n'a de cesse de l'éloigner de son univers...

Injustice suprême, elle manigance pour s'approprier le petit héritage que la maman de Jeff lui avait économisé pour ses études !

Alors à 20 ans, Jeff se retrouve le jour sur les bancs de l'université et le soir derrière un manche à balai pour payer sa vie d'étudiant en lavant le campus. Un jour, en nettoyant, il trouve dans une poubelle, un dossier sur les enjeux de la santé publique et de la prévention. Le professeur qui en est l'auteur le surprend et lui arrache des mains, furieux de cette indiscrétion du balayeur. Une discussion lui permet de découvrir que le "technicien de surface"est élève le jour et s'intéresse à ses travaux !

De cette première "rencontre", naîtra une relation qui ouvrira les yeux de Jeff sur le formidable enjeu de la santé publique... "Mieux vaut prévenir que guérir». Meme si, dans beaucoup de pays, la médecine de prévention - objet de la santé publique - peine à percer face aux gloires plus apparentes et aux intérêts de la santé curative...

L'enjeu est majeur pour l'homme, pour l'économie et pour la société. Diagnostiquer à temps un cancer réduit considérablement les chances de sauver une vie, enseigner l'hygiène évite de nombreuses maladies... et réduit considérablement les coûts de santé !

Et de cette certitude, Jeff va faire son cheval de bataille et une prometteuse success story: devant la "Mecque" de la santé à Pittsburgh (le 2ème complexe hospitalier mondial par sa taille) Jeff affirme: ici on favorise une médecine de "mauvaise santé", moi je veux promouvoir une médecine de "bonne santé". Et si la formule est volontairement provocatrice, elle a le mérite de dénoncer le manque de volonté politique et financier (lobbies de l'industrie pharmaceutique, médicale...) pour développer une médecine ou le patient serait suivi pour lui éviter de tomber malade... et Jeff a démontré qu'une telle approche pouvait réduire le coût des soins dans des dimensions à faire rêver les ministres de la santé !


Le sorcier... d'un nouveau modèle de santé

Diplômé en administration de la santé, Jeff devient en quelques années directeur d'une clinique sociale. On lui propose alors de prendre en charge une clinique sociale en quasi dépôt de bilan dans la banlieue de Pittsburgh. Par goût du défi et désir de servir les plus démunis, clients des cliniques sociales, il accepte... et en quelques mois redresse la barre: il assainit la gestion, fixe des objectifs ambitieux en qualité de soins et nombre de patients traités pour remobiliser les donneurs de fonds privés et publics (les cliniques sociales sont des associations privées) et re-motive les salariés avec des objectifs à atteindre. L'homme prouve sa créativité, son talent de gestionnaire et de meneur d'homme. Le petit fermier pauvre devient capitaine. Le bateau remis à flot, Jeff propose à son conseil d'administration un défi à la mesure de sa propre énergie: Il a constaté que si nombre d'oeuvres de charité existent pour aider les laissés pour compte, leur efficacités et leurs performances souffrent considérablement de leur manque de coordination. Un démuni a souvent des multi problèmes: logement, santé, alimentation, drogue, alcoolisme, vêtements, formation, travail...

Et à chaque fois, chaque association refait le même travail de suivi social pour son unique domaine. Perte de temps pour l'association et la personne aidée !

Alors Jeff s'instaure commandant de cette armée mexicaine. Son objectif: une logique de "guichet unique": lister, auditer et coordonner toutes ces associations pour que chaque personne aidée n'ait besoin de frapper qu'à une porte (et quelque soit la porte, ce doit être toujours la bonne !). Bénéfice évident pour la personne... et pour toutes les associations qui limitent ainsi le temps investi par personne.

Mettre en oeuvre un tel projet n'est pas tâche facile tant par la complexité technique que psychologique de l'univers associatif qui cumule des trésors de générosité... et parfois de jalousie de ses prérogatives...

Mais Jeff est l'homme de la situation et Coordinated Care Network naît en 1996. Et le modèle est exemplaire. Il permet de conjuguer les efforts de chacun pour que l'aide apportée soit sans faille. C'est la condition d'un sauvetage efficace: établir un diagnostique global et apporter une réponse personnalisée, complète et coordonnée depuis l'aide au logement jusqu'à la recherche d'emploi en respectant le rythme de la personne aidée.


D'un sauvetage à l'autre

Et la vertu d'un tel réseau est triple: Outre l'accroissement de performance des associations et l'évident gain d'efficacité au profit de la personne aidée, CCN offre rapidement à Jeff un extraordinaire moyen d'analyser globalement les processus, causes et problèmes de l'exclusion sociale. Une photographie précieuse et indispensable pour un stratège comme Jeff. Elle va lui ouvrir les perspectives de son prochain "plan de bataille". Tout bon stratège, pour définir sa stratégie, doit avoir une connaissance la plus approfondie possible de l'ennemi. Avec CCN, Jeff est le premier à obtenir une information aussi précise sur cet ennemi complexer et jusque là difficilement cernable: l'exclusion sociale.

A ce stade, Jeff a réuni 2 composantes fondamentales de sa brillante vision d'entrepreneur social:

1) La certitude de la grande efficacité de la prévention en santé

2) Une "base de donnée" sur l'exclusion qui lui permet d'accéder à un synthèse saisissante et limpide: dans la majorité des cas d'exclusion sociale, un acte de prévention efficace permettrait de stopper une plus grande et coûteuse désocialisation et donc de réduire drastiquement les coûts des soins ultérieurs !


La vision d'un "business model" prometteur

Alors Jeff concrétise sa vision stratégique pour orchestrer un plan de bataille efficace pour la prévention au service des plus démunis. Chaque état américain finance pour les exclus une couverture santé par le biais d'organismes privés sous contrat appelés FQHC. Jeff rencontre le FQHC de Pennsylvanie et contracte un accord sur la base d'une analyse étonnante: il est le premier à pouvoir mettre en évidence que pour ces organismes, 20% de leur "clientèle" (les exclus sociaux financés par l'état), représente 80% des coûts de soins remboursés par le FQHC.

Or un plan de prévention efficace coordonné par CCN permettrait de réduire une part importante de ces coûts. CQFD...

Le FQHC de Pennsylvanie (état de Pittsburgh) se laisse rapidement convaincre. Le principe de l'accord est "gagnant / gagnant ": l'association de Jeff, CCN, assure le suivi de prévention des assurés identifiés comme étant " haut risque pour éviter qu'ils deviennent "à haut coût". (étude faite grâce à la base de donnée CCN).

Et les économies faites par l'organisme sont partagées à 50/50.

La moitié pour le FQHC avec engagement de leur part de mutualiser ces économies pour assurer à bas prix des salariés à très faible revenu et l'autre moitié pour CCN et le financement des associations qui oeuvrent à la resocialisation !

La performance du système est impressionnante: elle s'analyse en comparant, à population égale, les dépenses de santé d'une année sur l'autre. Le FQHC attribue à CCN une baisse de ses dépenses d'hospitalisation de 24%... un chiffre séduisant pour le déficit de la sécurité sociale !

Rapidement de nombreux états américains sollicitent Jeff pour dupliquer son modèle. Mais lui travaille à la prochaine étape de son projet... Il sait que CCN a valeur d'exemple mais que ce manque de prévention et d'accompagnement des "cas à haut risque" est un enjeu qui relève de la responsabilité du public et non du privé. CCN a montré le chemin, chaque état peut s'en inspirer pour développer un meilleur système de suivi, de prévention et de maîtrise des dépenses.

Par contre son modèle lui ouvre de nouvelles perspectives. CCN maîtrise parfaitement un métier prometteur: le "case management", ou gestion personnalisée de la santé des patients. Chaque personne accompagnée par CCN est suivie par un "accompagnateur", assistant santé comparable à l'assistant social pour aider la personne à gérer sa santé et son budget, voire ses aides sociales par les associations coordonnées par CCN. Cet assistant rencontre, accompagne, suit et crée un climat de confiance fondamental pour une prévention et une gestion de problèmes efficace.


Une pilule dure à avaler...

Aux USA, la vente de médicaments peut sembler archaïque. Les conditionnements sont effectués par les pharmaciens à la lecture de l'ordonnance. Olivier ayant été malade (rien de grave !) nous avons pu tester : près d'une heure trente d'attente pour obtenir une boite de 12 pilules ! Long et coûteux puisque un pharmacien gagne en moyenne 100.000 dollars par an... salaire payé par la mise en boite des pilules !

Alors une fois de plus, Jeff affine une idée à fort potentiel d'économie pour les patients et pour les organismes de santé... et de rentabilité pour CCN !

Il avait pu observer, dans la clinique sociale qu'il dirigeait précédemment, que si la visite médicale était accessible pour les patients pauvres de ces cliniques, le coût de ces médicaments restait inabordable dans la majorité des cas. ET Jeff se rappelle des trottoirs et poubelles jonchés d'ordonnance à la sortie de la clinique, jetées par des patients n'ayant pas les moyens d'acheter les médicaments. Une obsession s'impose à lui: Comment baisser le prix des médicaments. CCN et le "case management" vont lui permettre d'élaborer une brillante solution...

CCN va développer un service de vente à distance de médicaments pour toutes les personnes dont il assure, en accord avec le FQHC la gestion de santé. Un système gagnant pour tous: CCN devient pharmacien en vente à distance et achète donc les médicaments à prix de gros. Selon les produits (certains ont des prix réglementés), il obtient des prix d'achat 30 à 70% moins cher que le prix public. Et toujours le même principe: économies partagées avec le FQHC pour permettre de soigner à prix accessibles les plus démunis, et les patients qui accèdent à des médicaments "bons marchés" lorsqu'ils ne sont pas remboursés et à un service privilégié puisque CCN leur apporte à domicile, et sans frais, un service d'aide à la gestion de la santé et de livraison de médicaments “discountés”. CCN prélève 20% de marge pour financer le fonctionnement de ce service pharmacie et du case management... et pour être rentable !

Les raisons des frais de fonctionnement faibles de CCN sont simples: Par le case management, il connaît parfaitement ses clients et est en situation commerciale idéale: Pas de point de vente, des clients réguliers et fidélisés et des stocks faibles totalement adaptés à une demande connue d'avance !

De plus, il optimise ses coûts de personnel puisque les manipulations des médicaments sont faites, sous contrôle d'un pharmacien, par de simples préparateurs.

Enfin, pour les cliniques sociales, CCN met à disposition dans chaque clinique un stock de médicament avec suivi informatique en temps réel qui permet à la clinique de vendre à bas prix, à l'issue de la consultation les médicaments aux patients (prix fonction des revenus).

Étonnant système ou les organismes de santé économisent, les cliniques sociales peuvent apporter à leur client un suivi de médicaments accessibles et ou les malades à faible revenu peuvent accéder à un médicament à faible coût. Une philosophie à méditer puisque elle retire au médicament sa fonction d'objet de commerce... un bon sujet de philo pour le bac, la santé peut elle être commercialisée ?

Et CCN connaît une rentabilité et des taux de croissance à faire pâlir la plus belle des start-up !

Étonnant Jeff Palmer qui a su développer une entreprise rentable pour favoriser l'accès à des meilleurs soins pour les plus pauvres, sans dépendre de donateurs et subventions hypothétiques.

Et si Jeff aime les "business models" performants, nous garderons de lui deux souvenirs marquants (et témoignant de sa motivation profonde : aider ceux qui souffrent et donner du bonheur autour de lui) :

Un souvenir familial d'abord : en 6 mois de voyage, il est une des deux personnes qui nous a accueilli chez lui (et a 7 on est encombrant !)... en arrivant dans sa belle maison avec tout le confort américain, nous avons pris une "leçon" d'accueil: avec sa femme, ils avaient pris leurs 4 enfants dans leur chambre de couple pour nous laisser les 3 chambres d'enfant ! et sa femme adorable nous a "bichonné" durant 5 jours. Et durant une semaine, il nous a mis à son école : "Pour bien travailler, il faut s'amuser"... et en famille ils nous ont fait vivre une semaine de bonheur à l'américaine !

2ème souvenir : L'histoire que Jeff nous a raconté lorsqu'on lui a demandé ses motivations : "Un jour d'hiver glacial, je roulais dans un quartier pauvre pour aller à mon travail à la clinique social. De loin j'ai vu un spectacle étrange ; un adulte qui s'agitait et un enfant immobile près de lui. En m'approchant, j'ai réalise qu'une mère, probablement droguée tapait son enfant, énervée par ses cris. L'enfant était en tee-shirt alors qu'il gelait dehors. J'ai proposé à la mère de les emmener. Elle a dit oui sans prendre l'enfant. Je suis sorti, lui ai mis mon manteau et mon écharpe ; l'enfant ne disait rien. En arrivant à la clinique sociale, tout le monde m'a dit qu'on ne pouvait rien faire, qu'il fallait chercher d'autres associations spécialisées... J'ai eu alors la certitude que quelque chose n'allait pas dans notre système d'aide sociale et que je ne pouvais pas rester passif". De cette rencontre, est né le réseau CCN fédérant les associations pour offrir un guichet unique, toujours le bon, pour celui qui souffre."

Cette histoire conclue notre newsletter en illustrant si bien l'extraordinaire impact de personnes anonymes qui refusent la fatalité et décident de devenir acteur face à une situation d'injustice. Des amis nous écrivaient récemment : "Quelle joie de réaliser a travers ces histoires du bout du monde que chacun peut agir... même si on n'est pas Mère Thérésa !"


------------------------------


Extrait du carnet de bord d'Olivier, résumant les 4 premiers mois de voyage:

" En quelques lignes, je vais vous raconter ces 4 mois de voyage.

En vérité, cela faisait 10 ans que l'on rêvait de faire un grand voyage autour du monde et en famille. On y avait beaucoup réfléchi. Au fur et à mesure que nous l'avons programmé nous avons décidé de se déplacer en avion car le camping-car oblige a faire beaucoup de route et permet moins de s'ouvrir aux autres.

Un soir, Papa a déplié le planisphère et nous a montré les différents pays où nous allions aller (Bresil, Chili, Bolivie, Perou, USA, Canada, Thaillande, Cambodge, Laos, Birmanie, Afrique, Chine et Russie). Mais nous ne voulions pas faire un voyage dénué de sens ; aussi, nous avons décidé de faire des reportages (c'est le métier de Maman) sur des pionniers du 21 ème siècle qui au lieu de rien faire face aux problèmes actuels, forment des associations pour lutter contre eux. Ainsi, nous espérons pouvoir prouver aux medias et aux téléspectateurs que l'on peut, où que l'on soit, contribuer à changer le monde.

Un journaliste du nom de Pierre s'est joint a nous pour la production de 6 heures de reportage sur la 5.


Au Brésil,

Nous avons rencontré Suzana qui a fondé IPE une association qui lutte pour la sauvegarde de la forêt tropicale, l'eau et donc sous-entendu des animaux dont le perroquet, le jaguar, le singe lion, tout en procurant du travail aux gens pauvres qui vivent du braconnage qui nous témoignerons qu'IPE a changé leur vie.

Nous avons aussi appris à construire des cerfs-volants (le jeu favori des brésiliens).

Il y avait aussi Rodrigo qui a permis à 500 000 enfants des favelas (bidonvilles très violents où circule la drogue) grâce a l'informatique, de se former à un métier. Pour ça, il récupérait les vieux ordinateurs. Les classes étaient supers et nous avons joué et dansé avec eux.

Près de l'équateur, nous avons fait du buggy sur les plages de Fortaleza et un soir, nous avons mangé dans un restaurant et au fur et a mesure que nous bavardions avec la patronne, nous avons compris qu'après une vie dure et mouvementée, elle s'était réfugiée avec son mari au calme des plages mais voyant la pauvreté des enfants de pêcheurs, elle ne put s'empêcher de construire un centre où ceux-ci apprenaient l'anglais, la danse et des tas de choses supers amusantes... Nous avons vu une démonstration de danse de l'une de ses élèves qui au bout d'un an d'entraînement dansait merveilleusement bien.


Au Chili,

Nous avons passé une semaine au désert d Atacama ou nous avons vu des flamants roses, des geysers et des couchers de soleil époustouflants.


Au Pérou,

Nous avons fait un reportage sur une femme du nom de Josephina qui comme la plupart des filles des Andes, était venue en ville pour étudier mais les gens qui s'occupaient d'elle lui interdirent d'aller à l'école le jour et qui l'obligèrent a faire tous les travaux ménagers les plus durs de 5h a 21h. Mais elle s'en ai sorti en allant a l'école le soir et a obtenu le BAC vers 20 ans. Ensuite, elle a décidé de lutter contre ce problème en créant KAITH qui offre la scolarité et le logis a ces filles perdues avec lesquelles nous nous sommes liés d'amitié. Pendant cette semaine, nous sommes partis en 4x4 au fin fond des Andes pour aller voir la maison des parents de l'une de ces filles isolées du village. Franchement, on pouvait comprendre que les parents préfèrent envoyer leurs enfants en ville. Ils vivaient de 3 porcs et de patates pourries avec en guise de lit une cabane de pierres de 2m² sans portes et 2 couvertures. Un jour, avec les filles de KAITH, nous avons fait une grillade de pommes de terres chauffées avec pour tout combustible du crottin sec, ce qui m'a valu une colique d'un mois. Nous avons aussi été au Macchu picchu et sur le lac TitiCaca.


Aux USA,

Nous avons fait un reportage sur Jeff Palmer qui a ouvert un nouveau processus moins coûteux pour les assurances (qui sont nécessaires aux gens car l état ne prend pas en charge la retraite) et aux gens pauvres ainsi qu'aux personnes âgées pour se soigner.

Il nous a accueilli chez lui très chaleureusement avec sa femme et ses enfants qui devinrent très vite nos amis.

Avec eux, nous n'avons pas arrêté d'aller chez Mc Do et dans les salles de jeux vidéo.

Nous sommes ensuite partis pour les grands parcs en camping-car où nous avons vu des bisons, des coyotes, des wapitis en pleins combats nuptiaux, un ours, avec en prime des paysages à couper le souffle genre Westerns avec le Grand canyon et Yellowstone et au Canada, les montagnes et une excursion sur un glacier, à Yosemite, une ballade en raquettes.

Nous avons aussi fait une journée en mer ou nous avons vu des otaries et une baleine.

Bref, on s'est super bien amusé.

Nous vous souhaitons encore une très belle et heureuse année 2005.

Marie-Hélène, Laurent et les enfants
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le vendredi 11 avril 2008 15:10
Modifié le vendredi 11 avril 2008 15:28

passeur d'espoir news letter n° 6

NEWSLETTER N° 6 - WEERA, LA STAR IMMOLÉE



Weera, la star immolée...

Weera a été une star. Avant 30 ans, il a été le producteur TV le plus idôlé par les jeunes thaïlandais qui ne juraient que par son émission. Et Weera a décidé d'arrêter cette carrière séduisante, confortable et valorisante pour se mettre au service d'une cause qui perturbe les éducateurs du monde entier et à laquelle il est un des premiers à apporter une réponse prometteuse. Cette cause est complexe. En Thaïlande et dans les pays pauvres peut être plus qu'ailleurs : Comment faire évoluer le rapport des jeunes avec la TV dont ils sont souvent otages passifs et vulnérables 3 à 4 heures par jours. L'enjeu est encore plus prégnant dans les pays ou les parents à faible revenu travaillent souvent très tard le soir et sont contraints de laisser leurs enfants "ingurgiter" de nombreux films pour adulte de piètre facture et aux effets pernicieux pour de jeunes esprits en croissance (violence, pornographie...).

Weera aurait pu se contenter de son émission à succès. Elle était de qualité et il privilégiait une ligne éditoriale favorisant la participation des jeunes afin qu'ils soient partie prenants des problèmes et solutions les concernant dans la société thaï.

Mais à 30 ans, Weera compte de nombreux amis stars du Show-biz thaïlandais. Mauvaise loi des séries, cette année là, il voit plusieurs de ses amis stars s'éteindre, décédant pour des raisons variées. Weera prend conscience du caractère éphémère de cette gloire et de la condition humaine. Plus cruel peut-être pour des idoles adulées un jour et oubliées aussi vite. Weera, comme tous les hommes Thaï, a passé, dans sa jeunesse, plusieurs mois comme moine bouddhiste, mendiant sa pitance quotidienne le matin et apprenant la méditation et la prière le reste de la journée. Le bouddhisme enseigne le détachement des désirs du monde pour atteindre la sérénité intérieure. De cette école, Weera gardera une exigence de détachement et de service de l'autre. Deux valeurs qui guideront son choix. Peu après la mort de ses amis, sa méditation le conduit à un choix personnel. Pas un choix relatif mais profond et radical. Ceux qui changent une vie et forgent une destinée. Weera connaît bien les jeunes, avec qui il travaille pour son émission. Il décide de mettre sa vie et sa profession au service de son pays et de ces jeunes qui trop souvent en Thaïlande s'apparentent à des minorités délaissées par les manques de moyens éducatifs et sociaux.


Weera, artisan d'une TV au service des jeunes.

Alors Weera va tout quitter. Salaire de star, vie de star, avenir de star, image de star. Ses années d'expérience professionnelles lui permettent d'avoir une vision claire de son projet "d'entrepreneur social": il a impliqué les jeunes dans son émission. Il sait que travailler avec des jeunes offre un potentiel fantastique de créativité. Il sait aussi que pour révéler ce potentiel, il faut former les jeunes, mais avant tout - et ce n'est pas les habitudes dans la société traditionnelle thaï - il faut leur faire confiance. Tout bon éducateur sait que le meilleur terreau éducatif pour la bonne croissance d'un enfant est la confiance.

La vision de Weera est claire: Mettre la Tv au service des jeunes. Pour que la TV soit un moyen de qualité et attractif pour les jeunes... il faut partir de ce qui intéresse les jeunes: leurs loisirs, leurs rêves mais aussi leurs vies de tous les jours avec leurs problèmes, questions, inquiétudes...

Et pour cela, le bon moyen c'est d'écouter les jeunes. Mais Weera est convaincu, par expérience, qu'il est un moyen encore plus efficace et pertinent pour créer des émissions de qualité: Il faut impliquer les jeunes et les former pour qu'ils deviennent les propres acteurs et réalisateurs de leurs programmes TV !

Ainsi la TV va permettre aux jeunes de réfléchir et de devenir partie prenants d'une société dans laquelle ils pourront trouver leurs chemin et leurs places.

Pour que son projet ait du potentiel, Weera doit trouver le moyen de travailler avec les jeunes, non seulement à Bangkok mais aussi et surtout à travers toute la Thaïlande. Or ce pays de 60 millions d'habitants s'étend du Nord au Sud sur près de 3000 Km de long. Et chaque région revêt des réalités historiques, géographiques et ethniques bien spécifiques. Là, réside un réel problème pour le développement du pays: de nombreuses minorités ethniques demeurent en marge de la société et de son potentiel de développement depuis les Karen au Nord Est jusqu'aux musulmans au Sud... Et pour ces minorités, l'enjeu de Weera est de taille: Permettre à ces jeunes, par un rôle actif dans les médias, d'apprendre à devenir les artisans de la résolution des problèmes de leurs minorités !

Pour que son projet soit réellement puissant, Weera doit affronter deux obstacles de taille: L'obstacle quantitatif (son projet doit être accessible pour le plus grand nombre de jeunes) et l'obstacle géographique (accéder à toutes les régions).

Weera est courageux. Si, lorsqu'il démissionne, il a une vision claire de son projet, il n'en a pas encore vérifié la faisabilité. Il sait que pour l'étendre géographiquement et quantitativement, il doit travailler en partenariat avec des réseaux existants. Alors il tente de coopérer avec des associations oeuvrant pour les jeunes. Mais l'alliance n'opère pas. Les associations manquent de moyen et de disponibilité.


La fortune sourit aux audacieux.

En 1997, la Thaïlande connaît une grande réforme constitutionnelle. Dans le domaine éducatif, l'objectif annoncé est clair: Améliorer les performances de l'éducation nationale, inciter les professeurs à plus d'efficacité. Pour cela, ils seront promus en fonction de critères de performance dont la créativité dans leurs méthodes pédagogiques...

Le projet de Weera vient alors à point nommé. Pour les enseignants, apprendre aux élèves à l'aide d'un producteur star et d'ateliers de réalisation de programmes TV est une véritable aubaine ! Et pour Weera cette réforme apportera une solution aux obstacles quantitatifs et géographiques de son projet: les écoles vont devenir un réseau de prédilection pour rendre son projet accessible à tous les enfants du pays...¨

Pour cela, Weera doit concevoir un modèle duplicable et auto gérable par des enseignants... n'ayant aucune connaissance en réalisation TV.

Il convainc l'UNICEF de financer un projet modèle dans une école de Bangkok. L'UNICEF perçoit l'aspect visionnaire du projet et les qualités de Weera pour y parvenir.

Grâce à leur financement, Weera peut installer dans cette école pilote un studio de production audiovisuel. Et en collaboration avec professeurs et élèves, il affine son modèle: 2 fois par mois les élèves se réunissent par groupe. Ils discutent ensemble de l'actualité, des questions qu'ils se posent, des reportages qu'ils aimeraient effectuer...

Et une fois par mois, toute l'école se réunit pour que chaque groupe présente ses choix. Alors l'école vote pour élire le sujet et le groupe qui réalisera le reportage du mois. Les heureux élus se réunissent pour déterminer les rôles de chacun; journalistes, techniciens, présentateurs, monteurs, réalisateurs...

Parallèlement, Weera, avec une petite équipe de professionnels, va former, dans le cadre d'ateliers, enseignants et élèves à chacun de ces métiers. Et lorsque l'équipe est prête, le reportage est programmé. Rapidement, Weera va pouvoir aller, premier reportage réalisé sous le bras, rencontrer ses anciens employeurs (Channel 11) pour leurs proposer ces émissions d'un nouveau genre. Weera est crédible, la qualité est au rendez-vous. Il "décroche" une programmation avec les encouragements appuyés des différents ministres partis prenants de la reforme !

Quelques années plus tard, le modèle s'est étendu. Aujourd'hui, Weera a développé un réseau de 300 écoles réparties dans tout le pays. 30 écoles réparties dans tout le pays font office de "tête de pont " régionales et disposent d'un atelier vidéo. Et chaque atelier bénéficie à 10 écoles de la région.

Preuves faites, l'idée semble évidente: Face aux problèmes, les jeunes peuvent réagir. Ils créent la TV de leurs choix. Et quoi de plus efficace pour faire évoluer la société que des jeunes journalistes qui vont interviewer les responsables politiques, économiques, sociaux... sur les problèmes qui les concernent, dans le cadre d'émissions à succès ?

Weera a favorisé une "philosophie éditoriale" qui nous est chère: il ne cherche pas, sous prétexte de travailler avec des jeunes, à gommer ou éviter les problèmes mais au contraire à les affronter. Les jeunes sont les premiers concernés par les problèmes de la société. Et si ils apprennent à les identifier et à y réfléchir, ils seront demain les futurs acteurs d'une société plus juste et efficace au service de l'homme !

Alors son approche est simple et comme toutes les bonnes idées semble une évidence: lorsqu'un problème émerge au gré de l'actualité (ex.: un meurtre particulièrement violent) il y a de fortes chances pour qu'une école vote pour en faire le sujet d'un reportage. Et Weera encourage cette volonté de comprendre le problème. Mais il enseigne à ses élèves une approche globale et intelligente de l'information: Face à la réalité de ce meurtre, il les invite à ne pas se laisser tenter par une simple couverture "journalistique" à sensation. Pour Weera, le rôle de journaliste débute avec l'information sur le problème mais ce n'est que la première étape. La deuxième consiste à analyser la cause de ces problèmes. Alors pour le cas du meurtre, il va inviter ses élèves à enquêter sur les causes et les raisons de la violence favorisant ce type de meurtre. L'enquête permet alors une analyse en profondeur dont seront partis prenants les différents responsables de la société civile, politique...

Cette approche rejoint la philosophie de l'information proposée par l'association Positive-Network : poursuivre le travail par une troisième étape de réflexion sur les chemins de résolution de ces problèmes. Aller interviewer et identifier les "bonnes pratiques" ayant cours dans d'autres régions, pays ou dans l'histoire.

Ce travail journalistique en profondeur a de nombreuses vertus: éduquer à la réflexion et à l'action pour avoir les moyens d'être des citoyens responsables face aux enjeux de la société. Conférer à la société de l'information sa réelle vocation: Ne pas surfer sur la superficie d'une actualité décrite avec le strabisme d'une enchère au sensationnel mais informer en profondeur sur les problèmes et solutions. Chacun peut alors accéder à une réelle démocratie. Etre informé en profondeur donne les moyens de trouver son rôle d'acteur dans la société.

Informer ainsi confère au rôle du journaliste une noblesse et une importance centrale pour bâtir une société plus juste dans laquelle chacun puisse trouver sa place. S'arrêter à l'engrenage des "mauvaises nouvelles" mondialisées et surmédiatisées génère une société fataliste et anxiogène. L'information sur le Tsunami a créé un formidable mouvement de générosité. La course aux images impudiques et toujours plus fortes génère une angoisse profonde remarquablement analysée par un collège de psychologues anglo-saxons (article lu lors d'un long vol dans un journal anglo-saxon).

Aujourd'hui Weera développe des émissions sur plusieurs chaînes de TV et de radios des rubriques en presse écrite et des sites web. Il est invité dans de nombreux forums en Asie, aux USA et en Europe pour expliquer et enseigner son modèle. Le directeur général de Channel 11 nous a dit son admiration face aux choix et à la performance de Weera. Nous quitterons notre nouvel ami heureux de trouver ainsi, à l'autre bout du monde, des réponses aussi prometteuses et adaptables aux réalités occidentales.


Marie-Hélène, Laurent et les enfants
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le vendredi 11 avril 2008 15:11

passeur d'espoir news letter n° 7

NEWSLETTER N° 7 - PISIT, LE PECHEUR D'ESPERANCE



Après avoir quitté Weera, (Newsletter N°6) à Bangkok, nous établissons un périple pour découvrir cette attachante région du Sud-Est asiatique. Comme toujours, nous voulons limiter les étapes dans les "hauts-lieux touristiques"(sans les éviter car nombre d'entre eux tel le Machu Pichu au Pérou, le grand canyon aux USA, les fascinants temples d'Angkor au Cambodge, ne volent pas leurs réputations).

Nous avons bien validé notre "mode d'emploi" pour rencontrer l'âme d'un pays :
un peu de visite des hauts lieux, et beaucoup de rencontres qui permettent d'échapper aux circuits balisés où le touriste est un distributeur à monnaie (forte !). Dans ces lieux touristiques, le choc des réalités est difficile à vivre (le seul prix de notre billet d'avion permettrait à chacun de ces milliers d'enfants des rues ou de familles faméliques de vivre durant une année !) et dans cette situation, la rencontre de qualité devient bien hypothétique.

Alors nous jalonnons notre parcours de rencontres privilégiées : amis, amis d'amis, responsables locaux de projets motivants. Si il faut à chaque fois se remotiver pour rencontrer, s'ouvrir, bouger (ce qui est moins facile que d'arriver dans un hôtel neutre) l'effort est toujours payant.

À Siem Reap, Florent et sa femme cambodgienne nous ont initié à la beauté des sites et à la culture du pays. Bertrand nous a prêté sa maison, et fait découvrir l'étonnante association pour laquelle il travaille (les artisans d'Angkor forment des jeunes, dans les villages, aux savoirs-faire artisanaux de la sculpture, peinture, soierie... haut de gamme ; en quelques années plus de 1000 emplois créés et la production, du fait de la qualité, ne suffit pas à la demande des touristes et des designers des hôtels environnants). Nathalie nous a fait découvrir, avec son association d'éco-tourisme Osmose, le fascinant lac Tonle Sap qui abrite une des plus grande population ornithologue du monde ; elle nous a guidé durant 6 heures envoûtantes de barque au milieu de nuées d'oiseaux tous plus beaux et irréels les uns que les autres !

À Phnom Penh, les Despallieres ont forcé notre admiration. Dans ce pays détruit par le génocide khmer rouge, les parents exploitent les enfants vivant et trimant sans limite jours et nuits sur des décharges immondes pour quelques centimes d'euros. Nos aînés (ils ont fait un tour du monde en famille en 1974) ont tout quitté pour sortir les jeunes de cet enfer. Le centre héberge et forme remarquablement 4000 enfants dont nous avons partagé quelques magnifiques journées.

Et avant de partir, nous avons été invités par un des membres du conseil constitutionnel, Son Soubert, témoignant par son humble intégrité absolue que dans un pays détruit par les tensions de l'échiquier international de la guerre froide, la corruption n'est pas une fatalité !

Puis, notre route repassant par Bangkok nous a conduit chez un père missionnaire, dans les montagnes du nord ouest de la Thaïlande. Là, le père Olivier, depuis cinq ans donne sans compter sa vie aux plus déshérités. Dans cette région vit un peuple apatride, les Karens, rejetées de Birmanie, fuyant les camps (nous avons visité un camp de 30 000 réfugiés végétant là depuis plus de 20 ans !).

De quatre heures du matin à onze heures du soir, ce missionnaire, seul occidental, dirige un centre d'accueil de 300 enfants. Il sillonne aussi chaque jour la région durant de nombreuses heures pour soutenir les villages Karens dénués de tout et ignorés par les autorités.

Là encore nos enfants ont lié d'étonnantes amitiés sans paroles mais avec le coeur, les jeux et le partage de la natte comme sommier et de la soupe du matin comme petit déjeuner !


Pisit, le pêcheur d'espérance !

Parvenu à mi-parcours de notre tour du monde au moment de la rédaction de cette lettre, nous réalisons pleinement combien ce voyage nous décentre de notre ostracisme occidental. Les chiffres sur la pauvreté sont (trop) connus : 70 % de la population mondiale est pauvre. Une notion théorique qui devient concrète en revêtant tant de visages de situations de souffrance, de manque de l'essentiel, dans tous les pays traversés.

Et, cette réalité côtoyée et rencontrée nous a fortement déstabilisé tant l'ampleur de cette pauvreté omniprésente de pays en pays paraît nous dépasser. Cela nous amène à appréhender différemment les nombreux enjeux de la planète, avec une réflexion plus exigeante.

Elle nous donne une conscience plus vive que pour plusieurs milliards de contemporains, l'actualité, jour après jour, s'inscrit inlassablement la même : manque de nourriture, d'eau, de soins, d'accès à l'éducation, à la liberté à la dignité...

Et face à cette réalité, notre esprit occidental a mis du temps à comprendre que des schémas de développement qui peuvent nous paraître primaires voire obsolètes, s'inscrivent comme de véritables solutions pour ces milliards de laissés-pour-compte de la modernité.

Si notre société moderne a (plus ou moins bien) digéré la profonde mutation d'une société à dominante rurale et artisanale vers une société urbaine à dominante tertiaire, bien appréhender les enjeux du développement de la planète nécessite de prendre conscience que cette réalité est un miroir aux alouettes pour le plus grand nombre.

La perte de ces emplois agricoles et artisanaux est une catastrophe humanitaire pour beaucoup de régions du globe qui sont loin de pouvoir absorber la marée humaine subissant l'exode rural pour une vie de paria au banc des grandes villes.

Des statistiques prévoient 85 % de la population mondiale vivant dans les grandes villes au cours du XXIe siècle. Ces chiffres prédisent des drames humains de grande ampleur pour ces milliards de futurs parias.

Les grandes mégalopoles des pays riches peinent à proposer un cadre de vie économique et sociale favorisant la dignité humaine...

Les grandes mégalopoles des pays en développement sont d'ores et déjà invivables et inhumaines pour les plus pauvres (pas d'eau potable, pas de traitement des déchets, pas d'emploi, pas d'éducation, pas de logement...).

Il est urgent de promouvoir dans les zones rurales des schémas de développement permettant aux habitants de vivre dignement de leurs activités agricoles ou artisanale tout en bénéficiant des atouts de la modernité.

Nos précédentes étapes nous ont permis d'étayer notre conviction que cette pauvreté et ce manque de dignité ne sont pas une fatalité et que face aux nombreux défis de la planète, des réponses ont fait leurs preuves et peuvent permettre d'envisager un monde vivable pour 8 milliards de concitoyens.


Pisit, vainqueur de ce combat de David contre Goliath_

la compétition économique génère souvent une course à la productivité contraignant à des choix à court terme désastreux pour l'homme et l'environnement.

Ce constat est particulièrement frappant pour les milliards d'artisans vivant de la pêche, de l'agriculture ou de l'élevage.

Dans la plupart des cas, leurs intérêts s'opposent, à leurs désavantages, à ceux des exploitants industrialisés de leurs secteurs.

Le monde de la pêche illustre parfaitement cette réalité. Si en Occident, la question de la pêche artisanale appartient déjà aux livres d'histoire, elle est une réalité pour des milliards de familles sur les côtes d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Sud.

Et le combat semble perdu pour ceux qui, depuis des siècles, vivent d'un délicat équilibre avec la nature dans le cadre de leur pêche traditionnelle.

Bateau en bois avec moteur pour certains, à voile pour beaucoup, filet artisanal, nasse en bambou,... depuis plusieurs années, les bateaux rentrent vides.

Et lorsque l'équilibre se dérègle, l'homme, acculé, oublie les règles de l'alliance ancestrale avec la nature. Les pêcheurs déboussolés adaptent des comportements suicidaires pour tenter chaque jour de repousser l'échéance de la faim.

Pêche au cyanure et à la dynamite, coupes incontrôlés des mangroves (forêts d'arbres à grande racine se développant dans l'eau salée des bords de mers chaudes) pour vendre du bois ou du charbon. Puis, lorsque la manne est épuisée, exode rural, mendicité, explosion de l'équilibre social...

Au sud de la Thaïlande, vit un homme qui s'est pris de passion pour ces humbles communautés de pêcheurs et d'agriculteurs. Et, depuis 20 ans il a su, avec eux, développer un modèle qui, aujourd'hui, fait école en Amérique du Sud en Asie et en Afrique.


Pisit, l'antihéros...

Enfant, Pisit connaît la vie agricole avec ses rudes tâches, prioritaires par rapport à l'école, ses aléas et ses joies dans le cadre de la ferme piscicole familiale. Soucieux d'un meilleur avenir, ses parents se sacrifient pour lui donner accès à l'université. Là, Pisit effectue des études agricoles sans brio intellectuel mais avec une passion qui marquera ses camarades : dès qu'il en a le loisir, il emprunte une bicyclette pour aller rencontrer les étudiants étrangers. Il développe ainsi une grande ouverture d'esprit et un réseau d'amis à potentiel international. Élève moyen, il s'épanouit cependant pleinement lorsque, les stages, travaux pratiques... lui donnent l'occasion de rentrer en contact avec les agriculteurs pauvres de la région.

Il noue de véritables amitiés et fait une découverte fondamentale pour l'orientation de sa vie future :
"Toutes ces personnes qui étaient si pauvres économiquement avaient une grande richesse humaine". Et, loin de se laisser tenter par une relation supérieure guidée par son statut d'étudiant, il prend goût à une relation s'inscrivant dans une logique de partage d'écoute et de dialogue.

Ainsi se développe un « mode d'emploi de l'amitié » qui sera pour Pisit un étonnant « diplôme » ouvrant à sa future vocation....

À cette époque (années 70), les schémas de développement pour les régions pauvres s'inscrivent dans une relation "top down"(de celui qui sait et qui apporte à celui qui apprend et qui reçoit) avec toutes ses limites (manque d'écoute de la réalité locale, plaquage de schémas théoriques figés, définis loin du terrain, manque d'appropriation et d'implication des personnes et surtout, relations faussées à la base par un rapport de supériorité ne s'inscrivant pas dans la durée).

Durant ses études, Pisit se forge une certitude: pour lui, la réussite d'une coopération de développement doit s'inscrire dans une relation de respect d'écoute et de confiance. Elle doit partir de l'apprentissage des réalités locales, tant dans la compréhension des problèmes que dans la découverte des savoirs liés à la sagesse ancestrale. C'est l'approche «down-top».

À la sortie de l'université, dans les années 70, tous les jeunes diplômés Thaïs choisissent entre l'administration (l'accès au statut, à l'emploi garanti et à un morceau de pouvoir) et l'entreprise (tenter sa chance pour gagner de l'argent).

Pisit sera le premier diplômé de l'université à choisir le milieu associatif. C'est un choix considéré sans avenir et politiquement dangereux (les O.N.G. étaient suspectées d'amitiés communistes).

Mais, Pisit est certain de son chemin. Sa motivation de fond : contribuer à améliorer les conditions de vie de ses amis dont il se sent si proche dans ces zones rurales défavorisées.

Durant plusieurs années, Pisit écrit un projet de développement, selon sa vision, et le propose aux financeurs institutionnels et internationaux. Les budgets sont accordés. Pisit a établi un objectif prioritaire : le développement des villages de pêcheurs traditionnels sinistrés par l'activité industrielle. Sa proposition est simple : favoriser une mobilisation des communautés villageoises locales pour protéger leur environnement afin de redévelopper l'écosystème favorable à la reproduction des poissons. Un projet pour que les filets se remplissent à nouveau !

Mais Pisit veut avant tout mettre en oeuvre sa vision du développement : expérimenter pleinement son approche down top. Pour cela il applique son « mode d'emploi ». Il embauche 11 collaborateurs avec qui il partage ses idées et ensemble, ils vont passer plusieurs mois pour se « lier d'amitié » avec ces villageois. Plusieurs mois pour rencontrer, écouter, se faire accepter (plusieurs projets précédents étaient morts avec le départ de leurs promoteurs quittant les lieux après des séjours trop courts). Et durant ces longs mois, Pisit a un objectif : apprendre.

Il sait que ces pêcheurs traditionnels sont dépositaires d'une sagesse et de savoir-faire ancestraux présents dans les esprits malgré les grosses perturbations dues à la concurrence industrielle.

Alors, chacun va passer beaucoup de temps à cet apprentissage. Et Pisit témoigne que cet apprentissage est l'ingrédient principales de la recette du succès. Eux savent, ils sont dépositaires de cette connaissance de leur milieu naturel qui bien géré, est nourricier pour la famille depuis de nombreuses générations. Et le rôle de Pisit nous apparaît proche de celui de la sage femme. Le bébé et là. La sage-femme assiste sa mise au monde. Pour ces pêcheurs, Pisit veut, en apprenant d'eux, leur faire prendre conscience de leur savoir et de leurs richesses et les aider à remettre en oeuvre l'équilibre si longtemps protégé. De nombreux atouts de la modernité pourront alors être choisis pour faciliter et accroître l'efficacité...

Première urgence : redévelopper des zones de reproduction des poissons. En se liant d'amitié, au gré des discussions, Pisit conforte sa certitude que le modèle de développement le plus prometteur et harmonieux doit partir de l'existant et des habitudes ancestrales. Ses amis pêcheurs lui révèlent l'extraordinaire richesse de la région de mangroves. Les racines de ces arbres sortent de terre et montent jusqu'à un mètre au-dessus de l'eau. Sous l'eau, elles forment un véritable labyrinthe inaccessible pour les prédateurs.

C'est le lieu idéal pour la nidification et la croissance de poissons. Pisit réalise combien le redéveloppement de cette forêt est indispensable aux pêcheurs. Les discussions ne lui révèlent l'étonnante simplicité pour développer cette forêt. Les mangroves gênèrent de longues boutures qui pendent au bout des branches et tombent naturellement pour dériver puis s'enfoncer un peu plus loin et prendre racine. En équipe, les pêcheurs vont collecter ces boutures puis les replanter dans les zones dévastées. Le résultat est saisissant. En quelques années, la forêt a repris ses droits, purifie l'eau, stabilise les sols et les pêcheurs ont redécouvert la joie de filets abondamment garnis !

Deuxième urgence : faire respecter la loi. Si elle existe, la loi de protection du littoral contre la pêche industrielle n'est pas respectée. Comme souvent, lorsque l'argent et trop rare, la corruption s'installe. Il est tentant d'acheter des passe-droits auprès des fonctionnaires mal et épisodiquement payés... Les industriels de la pêche n'hésitent pas. Leurs filets détruisent les coraux et épuisent les bancs de poissons. Là aussi, l'action de Pisit aura été salutaire : les pêcheurs ont appris à s'unir pour faire respecter leurs droits. Tours de garde pour scruter depuis le littoral, équipes d'interventions. Un jour, l'alerte est donnée. Plusieurs barques de pêcheurs partent interpeller le bateau qui est venu pécher dans la zone interdite.

L'intervention en nombre est vitale car plusieurs petits pêcheurs isolés se sont faits tuer lors d'altercations !

Face à « l'armada » artisanale, l'industriel coupe ses filets et s'enfuit. Sans scrupule, il va se plaindre à la police où il prétend que les artisans l'ont attaqué et ont coupé les filets.

Au-delà de « l'anecdote », un épisode décisif se joue ce jour-là. À plusieurs reprises, les pêcheurs, sur les conseils de Pisit, avaient pu rencontrer le gouverneur de la région pour exposer les problèmes et solutions. Une relation de confiance s'était ainsi établie. Face au mensonge, la vérité a pu être rétablie et les villageois ont pour la première fois découvert la force de l'unité. Leur infériorité individuelle n'était pas une fatalité !

Souvent Pisit rappelle une parabole de bouddha chère à son coeur : lorsque l'ennemi est en surnombre, la bataille peut être gagnée si les troupes partagent les mêmes valeurs et sont unies autour de ces valeurs...

Rapidement, l'action de Pisit gagne la confiance du plus grand nombre.

De village en village, les équipes de Pisit vont « porter la bonne parole » toujours selon le même schéma d'écoute, de confiance et d'action. Pisit favorise la création de liens entre les villages... Afin d'unir les troupes autour de mêmes valeurs. Rencontres, fêtes communes, partage d'expériences. Progressivement la majorité des villages du littoral de la région unisse leurs efforts.

La loi est respectée, les forêts ont repoussé, les fonds marins se repeuplent et les familles retrouvent leur dignité.

Pour accroître l'autonomie, Pisit favorise le développement de coopératives villageoises. Dans les temps de détresse, les pêcheurs se faisaient étrangler par des taux d'usure prohibitifs proposés par leurs acheteurs. La coopérative leurs offre de meilleures capacités d'information et de négociation des prix de vente, de meilleurs prix pour les équipements... Les pêcheurs peuvent protéger leurs activités de vie traditionnelles avec les armes de la modernité !


La chaîne de la nature

Après avoir gagné cette « bataille du littoral », Pisit et ses équipes veulent développer un schéma global pour la région. Leur motivation première est constante : aider les artisans pêcheurs les plus pauvres. Et à l'intérieur des terres, ils sont nombreux à dépérir avec une activité de pêche menacée par la mauvaise exploitation des rivières.

Et vouloir les aider, c'est suivre une logique cohérente et progressive : la relation entre les rivières et la mer est étroite. Les forêts le long des rivières et des plaines humides favorisent la régulation de l'eau en évitant l'érosion, retenant l'eau de pluie et permettant de développer la faune aquatique (poissons, coquillages) dont vivent les pêcheurs.

L' humus favorise en aval, le développement de plantes marines nourricière pour les poissons du littoral.

Selon le même schéma, Pisit mobilise, implique, favorisent rencontres et partage entre les peuples de la mer et des rivières. Et progressivement toute une région reprend en main son patrimoine, le protège et le régule pour un présent et un avenir meilleur.

Le combat reste souvent exigeant et fragile. Pour les petits propriétaires le long des rivières, il est tentant de Lewis ou vendre son terrain au ferment de crevettes et des bois et pollue... au détriment de la communauté ; et pour les fermiers des plaines humides une autre tentation existe : celle de stopper les difficiles travaux des rivières (favorisant l'irrigation et l'entretien des sols) pour planter des arbres à caoutchouc plus simple d'exploitation... Mais appauvrissant les sols et ne régulant pas l'eau !

Alors, inlassablement, Pisit discute, motive et mobilise. Et toujours en unissant la sagesse ancestrale et les études universitaires, les solutions sont réfléchies puis implémentées : l'association et les villageois décidaient de diversifier les cultures en favorisant l'exploitation d'un arbre traditionnel « miracle » : l'arbre à palme. Son potentiel et ses vertus restaient dans les mémoires mais la pratique se perdait. L'association a investi dans des parcelles témoins pour redécouvrir le potentiel de cet arbre. C'est ainsi le seul qui fixe et retienne l'eau. Son tronc contient une pulpe qui, à râper et nettoyer, donne une farine végétale de grande qualité gustative et nutritionnelle (nous avons testé !). Et ses palmes donnent de l'huile et permettent la fabrication de toiture et d'objets artisanaux tressés !

Saisi par cet étonnant potentiel, le ministère de l'éducation nationale en partenariat avec l'association anime aujourd'hui dans plus de 200 écoles de la région, des ateliers "d'environnement pratique", pour redécouvrir ces débouchés. Nos enfants ont ainsi eu l'occasion d'apprendre à râper, cuisiner, tresser... Et j'ai rêvé d'ateliers environnement dans toutes les classes de France pour enseigner l'environnement et le développement durable aux futures générations.

Il me revient une étude médiatisée il y a quelques années sur le potentiel économique du développement durable. Sa conclusion était saisissante: faire les choix d'une véritable politique internationale pour protéger la planète (énergie, construction, alimentation, éducation, protection de la nature...) permettrait une relance keynésienne offrant des perspectives prometteuses : croissance à deux chiffres et création de 2 millions d'emplois pour les 32 années à venir. Utopie nouvelle, application d'un plan Marchal qui a favorisé la croissance des 30 glorieuses ? Gandhi a propos de l'indépendance de l'Inde disait : c'est difficile mais c'est possible... Donnez-moi 10 hommes déterminés et j'y parviendrai !

À sa manière, Pisit nous le rappelle... La planète peut nourrir 8 milliards d'êtres humains. Si aujourd'hui des milliards de pauvres fuient les activités rurales pour une vie citadine de paria ; une volonté politique poussée par une société civile motivée peut aboutir à un schéma de croissance pour tous adapté à la réalité de chacun. Et la solution viable et efficace ne saurait être le fait de théoriciens mais d'une approche «down top» mettant au coeur de la réflexion la dignité de l'homme et les réalités des vies concernés par les projets de développement.

En écoutant Pisit , nous avons pris conscience d'une réponse à une question que nous nous posons comme beaucoup : Si on a envie d'être utile et de contribuer à soulager la souffrance , il est difficile de savoir qui aider et comment aider ?

L'histoire de Pisit témoigne que cette réponse est propre à l'histoire de chacun mais qu'elle passe par la rencontre personnelle de celui qui croise notre route et que l'on apprend à connaître pour tisser une relation d'amitié. Pour lui, les paysans pauvres de Thaïlande, pour Fabio Rosa les fermiers sans électricité, pour Weera les jeunes et leur télé...



EXTRAIT DU CARNET DE BORD DE BLANCHE & MARIE
(ASIE DU SUD EST)

Nous partons des États-Unis en prenant l'avion à Los angeles. Après 15 heures de vol, nous sommes arrivés à Bangkok en Asie. Dans la rue nous avons pris un taxi pour « Sathorn Soy Sip Saam », notre nouveau lieu de résidence. Là, nous avons rencontré des jeunes filles travaillant pour l'association enfants du Mékong ainsi que la propriétaire, une vieille dame chinoise, qui dès le début a donné plein de gâteries à Maude... Elle fait des ravages avec ses cheveux blonds. Le lendemain après s'être reposé, nous avons exploré Bangkok. Nous avons découvert les Touk-touk, motos tirants une mini cabine où se tasse un maximum de 12 personnes ! Nous avons aussi découvert les magasins ambulants, les porteurs de paniers, le palais du roi avec le bouddha d'émeraude et plein de statuts très belles et les temples.

À notre grand plaisir nous commençons un nouveau reportage. Weera, un jeune homme de la trentaine, étant producteur de télévision, a décidé d'aider les jeunes Thaïlandais qui, pendant que leurs parents travaillent très tard le soir, regardent des films violents ou pornographiques à la télévision. Weera leur apprend à faire des émissions de télé de leur choix et de qualité exceptionnelle. Après ce super reportage, nous sommes allés nous reposer dans l'île de Kho Chang. Quand nous sommes arrivés, nous sommes montés dans une camionnette ouvert à l'arrière. Après avoir visité plusieurs hôtels, nous avons enfin trouvé ce qu'il nous fallait. Le matin, tout le monde se réveille et après s'être préparé on va petit déjeuner. Même si ce sont des vacances, tous les matins on va travailler. Ensuite on se baigne soit dans la piscine soit dans la mer. Papa eu la chance de fêter son anniversaire dans l'île. Le soir de son anniversaire on a fait du kayak sur la mer. Nous avons vu des poissons volants et un superbe coucher de soleil. Après ce merveilleux séjour, nous sommes retournés à Bangkok en bateau. Déjà, nous repartons pour le Cambodge. Après plusieurs heures de route (ça n'était pas tout à fait une route car il y avait plein de nids de poule) nous arrivons enfin au centre de PSE (pour un sourire d'enfant) où nous rencontrons de M. et Mme Despallières. C'est un couple de Français à la retraite qui a fait plusieurs tours du monde avec leurs enfants. Quand ils sont venus au Cambodge et quand ils ont vu les enfants vivant sur la décharge, ils ont créé ce projet. Leur travail consiste à prendre les enfants toute la journée pour les nourrir, les soigner et leurs donner des cours ; certains qui n'ont pas de parents restent aussi la nuit. Normalement ces enfants travaillent sur la décharge et ils doivent ramener une certaine somme d'argent à leurs parents ; si il ne ramène pas assez, ils se font battre. Souvent le père ne travaille pas, il boit avec ses amis. Mais ce couple accueille les enfants toute la journée, les nourrit et les scolarisent et leur apprend aussi des métiers. Malheureusement il y a encore des enfants sur la décharge ; d'ici quatre ans l'association devrait réussir à tous les sauver. Après ce reportage bouleversant où nous nous sommes faits pleins d'amis qui nous ont donné beaucoup de cadeaux, nous sommes partis dans un autre coin du Cambodge où nous avons rencontré Martin qui travaille pour enfants du Mékong. En fait, Martin s'occupe des enfants orphelins qui sont obligés de mendier dans la rue. Il a développé un centre où il accueille tous les enfants et maintenant ces enfants sont protégés, scolarisés. Ils ont fait des spectacles de danse juste pour nous.. Et on s'est fait encore pleins d'amis. Après, nous sommes partis pour un autre reportage au nord du Cambodge près de la Birmanie. En Birmanie, il y a plusieurs tribus dont celle des Karens, c'est un peuple nomade qui n'a pas de pays et se réfugie là où il peut. Les carènes sont rejetées de ce pays et ils ne savent plus où habiter. Un missionnaire avait développé un projet et il avait construit un centre où il accueillait des enfants carènes. Mais il est tombé malade alors le père Olivier a pris sa relève, a agrandi le centre et accueille maintenant plus de 300 enfants. Malheureusement un jour, l'armée est venue pour chasser les enfants et la cuisinière qui n'avaient pas de papier. Dans ce centre, Olivier s'est fait plein d'amis car il y a surtout des garçons.

Ensuite nous sommes rentrées à Bangkok et nous avons mis le cap sur le sud de la Thaïlande. Là, nous avons rencontré Pisit, un Monsieur qui, étant jeune travaillait dans les rizières, puis il a pu faire des études à l'université.. Au moment où il a dû choisir son métier, il décida de s'occuper des pauvres pêcheurs traditionnels qui n'avaient plus d'argent à cause de pêcheurs industriels. Les industriels ont des gros bateaux avec des gros filets en acier qui raclent les fonds marins et du coup, il n'y a plus de poissons, plus d'algue, plus de coraux... Il a été voir les pêcheurs pauvres et il leur a dit : Pourquoi ne surveillez-vous pas les côtes ? Eux ont répondu que une fois un de nous a été arrêter un bateau industriel qui ne respectait pas la loi, mais les personnes du bateau l'ont tué.

Alors Pisit leur a proposé de monter la garde à plusieurs. Un jour, un autre bateau industriel est venu pêcher trop près des côtes alors, les petits pêcheurs traditionnels sont partis à plusieurs pour l'empêcher. Le gros bateau a coupé ses filets puis il a été dire au chef de la ville que les pêcheurs avaient coupé ses filets. Mais quand les pêcheurs ont montré au chef le filet coupé, le chef a compris que le monsieur du gros bateau mentait. C'était la première fois que les pêcheurs pauvres étaient respectés. Pisit à créé un projet pour les aider à gagner leur vie en leur apprenant à protéger la mer pour avoir plus de poisson. Maintenant les pêcheurs replantent les mangroves (arbres aquatiques). Grâce à cela, il y a à nouveau beaucoup de poissons qui sont protégés par les racines de ces arbres et peuvent pondre des oeufs. Alors les pêcheurs traditionnels sont contents parce que leurs filets se remplissent quand ils partent pêcher. Ils gagnent bien leur vie et ne sont pas obligés de quitter leur village. Pisit apprend aussi aux villageois le long des rivières qui se jettent dans la mer à protéger leurs forêts. C'est très important pour la chaîne de la nature (les arbres gardent l'eau des pluies et les rivières sont toujours pleines). Pisit montre aux villageois comment cultiver les arbres à palme qui donnent de l'huile, de la farine et des feuillages pour fabriquer les toits des maisons et des objets artisanaux.

Après le reportage nous sommes d'abord rentrées à Bangkok pour fêter Noël avec la marraine de Maude qui venait de France. Puis nous sommes parties au Vietnam pour 2 semaines, pour fêter la nouvelle année. Nous avons pris le train à couchette mais ce n'était pas du tout confortable (pas de couette...) Et notre grande surprise : il faisait très froid. Nous sommes arrivés à Sapa dans le nord du Vietnam près de la frontière chinoise. Nous avons fait tout le tour du village pour trouver un hôtel. Ouf ! Nous l'avons trouvé mais malheureusement les chambres étaient glacées car il y avait plein de trous dans les portes ! Ils ont amené des petits chauffages qui ne chauffaient pas. Le programme du séjour était : chaque jour une promenade mais dans la montagne il y avait toujours du brouillard. Heureusement une journée on a eu du beau temps et on a pu voir le très beau paysage avec les vallées vietnamiennes pleines de rizières . Le dernier jour nous sommes allés nous promener dans un jardin où nous avons assisté à un spectacle de danse vietnamienne. Olivier n'avait pas de chance car il était malade et il était donc resté à l'hôtel. Le soir nous avons repris de train à couchette qui cette fois était plus agréable mais le lendemain pas de chance... Blanche était malade à son tour. Nous sommes rentrés à Bangkok où nous avons dormi une nuit puis fait les bagages pour partir pour l'Inde.


Marie-Hélène, Laurent et les enfants
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le vendredi 11 avril 2008 15:12

passeur d'espoir news letter n° 8

passeur d'espoir news letter n° 8
NEWSLETTER N° 8 - DR V. EN INDE


Nous l'appréhendions ! Passer un mois et demi en Inde avec nos cinq enfants et toujours les aléas logistiques, matériels (où allons-nous être accueillis, comment dormirons-nous...) et surtout alimentaires (mais, pour la cuisine épicée, l'Asie avait fait office de « classes préparatoires » !).

Et ce pays continent (bientôt 1,2 milliards de personnes) ne nous a pas déçu. Nos efforts ont été « récompensés ». À l'instar du Brésil, nous retrouverons dans ce pays un « résumé » des grands enjeux de la planète. Et la créativité de ses habitants a rendu le choix des « pionniers » difficile à effectuer...

Mais, nos trois « élus » nous ont fortement impressionnés. L'ampleur de leur action prouvera, une fois encore, que la détermination d'un seul peut vaincre toutes les fatalités !

Arrivés à Bombay le sept janvier, le voyage a commencé sous de bons augures avec un week-end de douceur et d'amitié chez Hélène et Christophe. Dès le premier soir ils ont su nous révéler le charme de l'Inde colorée, épicée et trépidante. Visite d'un Whatt (lacs sacrés au coeur d'un quartier) embouteillage de vaches sacrées..., préfigurent de 40 jours passionants au pays où les femmes, même les plus pauvres, sont princesses drapées de 1000 couleurs, les enfants des sourires et les hommes des traditions !

10 jours en famille dans le Kerala, au sud ouest de l'Inde, nous permettrons de nous reposer et de nous préparer à une incroyable rencontre...


Dr V... La vision infinie !

Du sable à l'Everest...

Enfant pauvre, il apprend à écrire en traçant ses lettres dans le sable, faute de crayon et de papier.

Un oncle plus aisé, motivé par son intelligence, parraine ses études. Il veut être médecin et, frappé par des morts en couche dans sa famille, décide de devenir obstétricien.

Mais, à 30 ans une montagne se dresse soudain sur son chemin. D'énormes crises d'arthrose le paralysent et déforment ses membres. Doigts de pied en équerre, doigts de mains figées... Il passe une année allongée sur un lit sans pouvoir se lever. Trop longtemps pour méditer sur l'échec de sa vocation...

Mais, le Dr V. fait partie d'une race d'hommes qui force l'admiration et prouve que la volonté peut bousculer le destin .

Contre toute attente, après de nombreux mois d'immobilité, il sort vainqueur d'une lutte désespérée. Millimètre après millimètres, il gagne la station verticale et se rappelle qu'après son premier mètre, il avait le sentiment d'avoir gravi l'Everest. Le début d'une ascension vers des sommets prometteurs pour l'humanité...

Si il s'est mis debout c'est pour refuser l'évidence. Ses membres tordus doivent lui interdire la pratique de la chirurgie... Il réfléchit alors à une discipline médicale envisageable malgré ces handicaps et choisit... l'ophtalmologie !

Choix surprenant au regard de la minutie nécessaire pour opérer l'½il. Mais le Dr V., spécialité en poche, va adapter les outils à ses handicaps et gagnera ainsi en rapidité et en précision, ce qui lui permettra de travailler jusqu'à 55 ans pour le compte de l'État indien.

Cet âge de la retraite pour ses confrères, sera pour lui et celui de sa vocation. Pour le gouvernement il a longtemps travaillé sur la première cause de la cécité en Inde : la cataracte. Une « maladie » qui se développe fortement dans les régions pauvres ou les carences alimentaires et le soleil favorise après 40 ans l'apparition d'un voile blanc qui progressivement va réduire puis empêcher la vue.

Le Dr V. découvre que en Inde, 12 millions de personnes sont aveugles dont 10 à cause de la cataracte... majoritairement chez les plus démunis.

Or il sait par son enfance qu'un pauvre perdant la vue fait tomber sur sa famille un verdict... de mort. Non seulement il devient une bouche à nourrir mais surtout il ne peut plus subvenir aux besoins des siens, rompant alors le fragile équilibre économique et alimentaire que connaissent les familles les plus pauvres !

À l'époque, opérer de la cataracte est un savoir-faire techniquement bien maîtrisé et réalisable en moins d'une heure ... une heure pour redonner la vie à une famille !

Le ministère de la santé connaissait cet enjeu et le Dr V. avait été missionné pour organiser des « Eyes camps », camps mobiles allant s'implanter quelques jours dans les villages les plus reculés pour détecter et soigner les maladies des yeux.

Mais face aux millions d'aveugles disséminés dans des milliers de villages pauvres à travers l'Inde, les problèmes de logistique et de moyens financiers semblaient rendre l'action vaine !


De McDo... À un nouveau capitalisme !

Mais, le Dr V. a une vision claire... d'un nouveau modèle économique pour apporter une réponse d'envergure à un problème apparemment insoluble.

Pour le tester, il va demander à son beau-frère de construire un étage de plus à sa maison pour... en faire une clinique de huit lits !

Et là, il va opérer à nouveau. Sans relâche, il veut améliorer ses techniques opératoires et améliorer l'organisation des opérations.

Son but : gagner du temps et de l'efficacité. Lors d'un voyage d'étude aux USA, il découvre le nouveau modèle du fast-food. Le modèle McDo. Un principe simple pour une conquête planétaire : rendre le sandwich accessible à tous à un prix imbattable et à une qualité (alimentaire à défaut de gustatives !) irréprochable.

C'est ce que le Dr V. va expérimenter dans son hôpital de huit lits ; travaillant chaque geste, repensant chaque outil et optimisant le temps pré et post opératoire. Le Dr V. croit à la capacité de l'homme à accéder à une conscience supérieure en travaillant sans cesse pour se perfectionner (il puise son inspiration dans l'Ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry). Après réflexion, il nous semble que cette notion de « conscience supérieure » correspond dans la culture chrétienne à la vie spirituelle.

Alors, il perfectionne les techniques opératoires et optimise l'organisation de son hôpital.

Grâce à cette exigence, il parvient progressivement à accroître sa productivité... Et durant 20 ans, son combat consistera à gagner minute après minute pour optimiser le rythme opératoire tout en gagnant en qualité !

Aujourd'hui, avec un niveau de qualité reconnue dans le monde entier (nous avons croisé un des chercheurs américains venus se former... En Inde) ses équipes opèrent 10 fois plus vite que la moyenne : un chirurgien « classique » opère en moyenne 250 patients par an... Dans les hôpitaux du Dr V., un chirurgien opère... 2500 patients en moyenne par an !

Cet incroyable gain de productivité est obtenu en améliorant l'efficacité de chaque geste et équipement depuis l'arrivée du patient à l'hôpital jusqu'à sa sortie : des salles de préparation avec 10 patients, des salles d'opération avec 2 patients... sans prendre de risques d'hygiène ou de qualité, l'efficacité a donc été multipliée par 10 !

Dès le début, si le Dr V. a voulu atteindre ce prodigieux niveau de perfectionnement s'est pour le mettre au service des plus pauvres. Il rappelle que son but n'est pas de faire du profit mais de soigner les plus démunis. Et pourtant, son « business model » est prophétique pour 70 % de pauvres autour du monde. Il consiste à créer un « pont » entre le social et l'économique. Dans ses hôpitaux, le Dr V. accueille des patients de tout niveau social, sans distinction. Sans aucun contrôle de revenu, il propose un accès gratuit aux soins pour ceux qui ne peuvent pas payer et un accès payant pour les autres. Chacun choisit !

La qualité de l'opération et la même pour tous mais les services varient. Les patients demandant des soins gratuits dorment en dortoir et sont préparés dans des salles collectives. Ceux demandant des soins payants ont accès à des chambres et des services pré et post opératoire plus haut de gamme. Et, en moyenne, trois patients sur 10 payent leurs soins. 7/10 sont donc soignés gratuitement ! Un faible pourcentage... Sauf que cela représente trois fois plus de soins payants par chirurgien... qu'un chirurgien « classique » (sur 2500 opérations par an, 30 % payent, soit 750 contre 250 payants dans le système classique).

Ainsi le système est largement bénéficiaire et, depuis le début, le Dr V. et ses équipes ont opéré plus de 2 millions de personnes et battit cinq hôpitaux à travers l'Inde sans aucune subvention (autofinancement grâce aux bénéfices générés par les 30 % de patients payants !). Et, dans les années à venir, le Dr V. prévoit de soigner ainsi les 10 millions d'aveugles de la cataracte en Inde.


Un modèle d'avenir pour le capitalisme du XXIe siècle :

Bien sûr, son modèle fait école. Harvard l'a étudié sous forme de « Business case ». Et le Dr V. incite chacun à réfléchir comment ce modèle peut s'appliquer à son propre domaine de compétence ?

Ce modèle répondant aux règles du capitalisme ouvre des perspectives motivantes : il invite à prendre en compte un marché nouveau et largement inexploré par le capitalisme « classique »: celui des 70 % d'habitants de la planète, qui, du fait de leur trop faible pouvoir d'achat, ne sont pas pris en compte par les marchés capitalistes.

La vocation de l'entreprise est bien de créer de la richesse, mais sa mission est de servir ses clients. Le Dr V. propose au XXIe siècle un défi fabuleusement motivant : optimiser l'efficacité des entreprises pour servir les 70 % de la population mondiale laissée pour compte de l'économie... en faisant du bénéfice !

C'est une mission noble et exaltante (pour tous les collaborateurs de l'entreprise). Mais ce n'est pas une action caritative non profitable ! Ces 70 % ont un pouvoir d'achat... Très faible mais c'est un « marché de masse ». Et économiquement il est prouvé que le marché de masse peut être plus rentable que les « marchés sélectifs ».

De plus, dans beaucoup de domaines, le coût de production ne représente aujourd'hui que 10 à 30 % du prix de vente... 70 à 90 % de marketing pour conquérir des parts d'un marché de surconsommation. Autant d'économie en servant un marché où l'offre est inférieure à la demande... !

Là encore, ce modèle est prophétique et préfigure de solutions pour un XXIe siècle au service de l'homme...

Et, qui ne serait pas candidat pour travailler dans une entreprise dont l'objectif est de servir, en étant rentable, des clients de « première nécessité » ?

Ce capitalisme au service de tous propose un chemin de croissance humaine et économique réaliste et accessible dont le plus grand nombre peut être à la fois acteur et bénéficiaire. Combien de salariés aspirent à donner du sens à leur travail... Perdre sa vie à la gagner ? Ou gagner sa vie en remplissant une mission bénéfique pour les enjeux contemporains !

Un américain, David Green ayant collaboré un temps avec le Dr V. à théorisé cette nouvelle approche du capitalisme selon une équation prometteuse : pour développer un marché rentable et performant au service des 70 % de la population planétaire qui n'est pas prise en compte par le capitalisme, il faut renverser le paradigme : le capitalisme classique aborde un nouveau marché en se posant la question « à quel prix peut-on vendre un produit ou un service ? ».

Pour servir ce marché nouveau de 70 % d'êtres humains à très faible pouvoir d'achat, il faut se poser la question inverse : « à quel prix peuvent-ils acheter ce produit ou ce service ? ».

Et, partir de cette donnée fondamentale pour travailler les processus de fabrication permettant d'atteindre ce seuil critique !

Si ce seuil de prix est très bas, surtout pour les milliards d'êtres humains vivants avec moins d'un dollar par jour, ce marché peut pourtant offrir des perspectives attrayantes :

les perspectives d'un marché de masse pour 70 % de l'humanité permet d'envisager des économies d'échelle prometteuses dans les coûts de fabrication
permettre à 4 milliards d'êtres humains de devenir les « nouveaux consommateurs » augurerait croissance économique sans précédent dans l'histoire de l'humanité pour le plus grand bénéfice de l'homme... et de l'entreprise !
Il n'est pas hasardeux d'envisager que des produits ou services vendus 100 en Occident puissent être vendus cinq, adaptée à ces nouveaux marchés... Tout en respectant les critères de rentabilité nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise.

Là encore, le Dr V. à étayé la crédibilité de cette approche : pour opérer de la cataracte, il faut implanter des lentilles intraoculaires. Coût en Occident : 250 $. Inabordable pour le Dr V. ! Alors, il a créé une entreprise de fabrication de produits oculaires qui selon le raisonnement ci-dessus parvient à produire à qualité égale des lentilles à cinq dollars (gain de productivité, marché de masse, main-d'oeuvre peu onéreuse en Inde...).

Aujourd'hui, son entreprise :Aurolab, est devenu la deuxième entreprise mondiale en production de lentilles intraoculaires... Et elle est rentable !

Plusieurs autres initiatives proches dans leurs raisonnements économiques avaient attiré notre attention lors des longs mois ou avec Marie-Hélène nous avons épluché des centaines d'articles, d'information sur Internet... Pour identifier les 20 pionniers de notre tour du monde.

Bien sûr, il a fallu sélectionner et nous n'avons pas pu aller filmer nombre d'entre elles !

Ainsi au Mexique, un pionnier social a incité le cartel du ciment à mettre sur le marché un ciment accessible au plus grand nombre. Avant, 70 % du Mexique ne parvenaient pas à construire en dur... Abris de fortune, favellas insalubres, l'apparente incompatibilité entre les enjeux capitalistes des industries cimentière et la faiblesse de pouvoir d'achat du plus grand nombre de Mexicains semblait là aussi, vouer le pays à une misère inexorable.

Grâce à la force de conviction de cet entrepreneur social de génie, la situation s'est depuis inversée et l'industrie du ciment a connu un nouvel essor inespéré : elle a mis sur le marché un ciment de qualité suffisante pour des habitations individuelles et à la portée du plus grand nombre de bourses... Elle s'est ainsi ouvert un nouveau marché de masse à bas prix mais rentable avec une offre accessible pour le plus grand nombre !

Alors, quittant le Dr V., nous partons en partageant ce grand rêve d'un nouveau modèle capitalistique mondial, efficace et rentable en apportant à 8 milliards d'êtres humains les produits et services de première nécessité et développant des leviers de croissance mondiale jusque là il envisageables !

Nous ne pouvons pas parler d'utopie puisque le le Dr V. et ses équipes à travers leurs hôpitaux,et l'entreprise Aurolab... en ont prouvé la faisabilité ; puisque d'autres modèles d'entrepreneuriat social répondent à travers le monde aux mêmes critères. Alors, s'il existe de nombreux freins ou aléas pour étendre de tels modèles, nous pensons qu'il est urgent que de nombreux entrepreneurs croient à ce rêve et le partage pour contribuer à lever les obstacles et à rendre concrète la certitude selon laquelle notre planète est un héritage commun à tous les habitants et qu'elle peut durablement offrir une vie digne à ses bientôt, 8 milliards d'héritiers !

Marie-Hélène, Laurent et les enfants
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le vendredi 11 avril 2008 15:13
Modifié le vendredi 11 avril 2008 15:25